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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/429

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simples. Dans ces conditions, pour donner la vraie mesure des progrès réalisés par lui, il eût été assurément plus facile, et au moins aussi expéditif, de recommencer un nouvel ouvrage.

Outre ces travaux, Rubens, ainsi que nous l’apprend Pacheco, avait encore peint une dizaine de portraits et deux grandes compositions. « Il parait à peine croyable, ajoute-t-il, qu’en si peu de temps et avec de si nombreuses occupations, il ait pu autant produire. » Et cependant ces diverses peintures, pas plus que les conférences diplomatiques dans lesquelles Rubens devait intervenir, ne suffisaient à une activité telle que la sienne. Loin des siens, en dehors des habitudes de sa vie studieuse, il avait besoin d’employer de son mieux tous les momens qu’il pouvait dérober aux longues attentes et aux futiles divertissemens qui trop souvent lui étaient imposés. Contraint de demeurer toujours à portée du roi, il avait heureusement trouvé le moyen de mettre à profit, et au palais même, ses moindres instans de loisir en copiant les chefs-d’œuvre de Titien que Charles-Quint et Philippe II y avaient réunis. Entre tous, Titien était son maître préféré. Déjà pendant sa jeunesse, au début de son séjour en Italie, c’est le peintre de Cadore qu’il avait surtout admiré, et avec les années cette admiration n’avait fait que grandir. Il comprenait maintenant mieux encore toute la force de son génie, et sans parler des enseignemens qu’il comptait tirer de ces copies dont il ne consentit jamais à se dessaisir, il voulait combler avec elles les vides laissés dans sa demeure par la vente de ses collections au duc de Buckingham. Ce n’étaient point là, ainsi que le remarque M. Justi, de simples esquisses de petites dimensions, mais bien des copies consciencieusement faites, de la grandeur des originaux et aussi fidèles que son propre tempérament le permettait à Rubens. Poussé comme à son insu, par son génie, tout en s’efforçant de reproduire fidèlement ses modèles, il ajoutait malgré lui à leur ampleur, à leur éclat, à leur mouvement. Mises en regard des œuvres elles-mêmes, ces copies, par la chaleur et l’entrain de l’exécution aussi bien que par la vivacité de leur coloris, témoignent de la joie que l’artiste a mise à les peindre.


III

On conçoit qu’absorbé comme il l’était par les séductions d’un tel commerce, Rubens n’ait pas fréquenté les artistes espagnols.