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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/424

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suite importante de cartons faits en vue de tapisseries que l’Infante Isabelle voulait offrir au couvent des Dames royales religieuses déchaussées de Madrid.

Ces divers ouvrages et le soin des négociations que lui confiait l’Infante auraient suffi et au-delà à remplir la vie d’un homme moins actif que Rubens. Mais il n’avait pas renoncé pour cela à la correspondance régulière qu’il entretenait avec ses amis de France. Outre le plaisir tirs réel qu’il trouvait à ce cordial échange de pensées, il avait un intérêt direct à être tenu au courant de l’état intérieur de la France par des gens bien posés pour le renseigner. Sans leur dire qu’il était personnellement engagé dans les pourparlers entamés avec l’Angleterre, il aimait à s’entretenir librement avec eux de la situation générale de l’Europe.

Poursuivie jusque-là assez régulièrement, cette correspondance « allait être interrompue pendant quelques mois, ainsi que Rubens en prévenait Dupuy à la date du 18 août 1628, l’occasion se présentant pour lui de faire un grand voyage. Mais comme aucune chose ici-bas ne peut être tenue pour certaine qu’au moment où elle se réalise, il avisera son ami avant son départ, afin que celui-ci ne lui écrive pas en vain, et il l’avertira des retards ou des empêchemens qui pourraient se produire. » Cette allusion à un voyage prochain faite par Rubens visait son départ pour l’Espagne, qui était déjà résolu. Dès leur arrivée à Madrid, en effet, don Diego Messia et Spinola avaient mis Olivarès et le roi au courant de la situation, en insistant sur les avantages que l’Espagne pourrait tirer d’une alliance avec l’Angleterre, celle-ci, à raison des échecs récens qu’elle avait subis dans sa lutte contre la France, étant disposée désormais à offrir des conditions encore plus favorables. Voulant se renseigner exactement sur l’état des négociations entamées à cet égard, Philippe IV chargeait l’Infante de demander à Rubens l’envoi à Madrid de toute la correspondance écrite ou chiffrée relative à cette affaire, pour en prendre connaissance, avant d’arrêter sa décision. Mis au courant du désir du roi, Rubens répondit qu’il était prêt à lui donner satisfaction, mais qu’ayant seul suivi la marche et le détail des négociations, il s’offrait soit à donner tous les éclaircissemens nécessaires à telle personne qui lui serait désignée à Bruxelles, soit à porter lui-même ces explications à Madrid, au cas où on le jugerait opportun. Cette dernière proposition était évidemment celle qui lui agréait le plus ; mais en homme prudent, sans prétendre