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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/410

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étaient en 1893, la hausse commença à se dessiner au dehors avant que les marchés français fussent émus. Quelques mois plus tard, un déficit devenant certain pour la France, habituée depuis deux ans à se passer presque entièrement de blés exotiques, une hausse violente porta, sur nos marchés, les prix au-delà de la parité de ceux qu’enregistraient au même moment les places de Chicago, New-York et Liverpool. Nous n’avons pas besoin d’ajouter que des arbitrages intervinrent aussitôt pour amener un nivellement : une fois de plus éclata l’utilité des marchés à terme, grâce auxquels les acquéreurs de blés, destinés à arriver en France deux, trois, six mois plus tard, rassurent les meuniers contre toute crainte de disette et leur fournissent le moyen de promettre à leur tour aux acheteurs de farine les livraisons régulières de cette denrée.

M. Méline a reconnu implicitement le salutaire effet de ce rouage indispensable de la vie économique moderne, en engageant les cultivateurs à profiter sans retard des prix actuels pour vendre leur récolte : il sait bien que celle-ci n’est pas toute livrable sur-le-champ, et que c’est seulement grâce au marché à terme que les producteurs peuvent s’assurer dès aujourd’hui pour la totalité de leurs grains le bénéfice d’un prix rémunérateur. Les accusations banales lancées de nouveau contre la spéculation sont donc le contre-pied exact de la vérité. Non seulement ce n’est pas elle qui a fait monter le prix du blé, mais on peut affirmer que, sans elle, le prix en serait arrivé en quelques semaines à des hauteurs telles que l’émotion du public se fût transformée en panique et aurait contraint le ministère à réduire ou à supprimer le droit d’entrée de sept francs, au plus grand dommage de l’agriculture. C’est le marché à terme qui a sauvé nos fermiers, en empêchant les cours de bondir à une hauteur intolérable pour le consommateur et en imposant silence, de la sorte, à ceux qui déjà réclamaient la suppression des barrières douanières.

Nous n’avons pas à discuter ici le principe même du droit sur les céréales. Nous dirons seulement que la loi, une fois votée, constitue un engagement moral du gouvernement vis-à-vis des cultivateurs, dont les budgets, les fermages, les assolemens s’organisent pour une longue période sur la foi d’un régime établi, et dont les intérêts seraient cruellement et injustement lésés par un changement brusque de système. Si jamais une modification doit intervenir, il faudra qu’elle soit annoncée longtemps à