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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/405

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gouvernement de l’Inde décida de suspendre la libre frappe de la roupie d’argent, qui formait l’unité monétaire de l’Inde et dont le cours variait par suite avec le cours du métal et dans la même mesure que lui. C’était un acte hardi, dont toutes les conséquences ne furent ni comprises ni mesurées dès l’abord. Beaucoup crurent qu’il ne constituait qu’un expédient provisoire et que la loi Herschell — puisque tel est le nom sous lequel on désigne souvent ce bill célèbre, — ne tarderait pas à être rapportée. C’était même une des illusions favorites des bimétallistes de croire ou de feindre de croire que l’Angleterre, tout en gardant pour elle-même l’étalon d’or, auquel les plus naïfs étaient bien forcés de reconnaître qu’elle ne renoncerait jamais, apporterait le rétablissement de l’étalon d’argent aux Indes comme contribution à la fameuse Union monétaire universelle, vainement espérée, vainement étudiée, vainement invoquée par nombre de congrès internationaux et de ligues françaises, anglaises, allemandes et américaines. Chaque jour démontre qu’il faut aussi renoncer à cette chimère : les Anglais ne songent pas à bouleverser leur change indien, qui a peu à peu, depuis 1893, reconquis une stabilité qu’il ne connaissait plus dans les années précédentes et qui se dégage de plus en plus de l’influence des cours du métal argent, à laquelle il finira par se soustraire entièrement. Ce phénomène de la hausse de la roupie, coïncidant avec la baisse du métal dont elle est faite, est intéressant à mettre en lumière : il explique comment la valeur d’une monnaie se sépare de celle de la matière qui la constitue, le jour où la libre frappe cesse, c’est-à-dire au moment où la quantité de cette monnaie en circulation est limitée à un chiffre connu et ne peut plus être indéfiniment augmentée. Le poids d’argent que contient une pièce d’une roupie vaut à l’heure actuelle environ 1 franc ; mais ce poids monnayé en roupie se vend sur le marché des changes aux environs de 1 fr. 60, c’est-à-dire 60 pour 100 de plus que sa valeur intrinsèque.

C’est ainsi que notre pièce de 5 francs, jetée au creuset, fournirait un lingot qui ne se revendrait que 2 francs. Mais l’élévation du cours de la roupie est plus remarquable encore que le maintien de notre écu à son antique parité avec l’or : ce dernier métal forme la plus grosse part de notre circulation métallique, tandis qu’aux Indes c’est au moyen de pièces d’argent et de billets, qui ne circulent qu’en petite quantité, que se règlent encore les transactions. On commence bien à parler d’y introduire