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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/401

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La hausse du blé et la baisse du métal argent


I

Nous assistons en ce moment à deux faits économiques, également intéressans, mais à des titres divers : l’un, la hausse du blé, n’est que la manifestation passagère de l’éternelle loi de l’offre et de la demande, tandis que l’autre, la dépréciation incessante du métal argent, marque une étape nouvelle de la révolution, commencée il y a vingt-cinq ans, et qui sera bien avancée lorsque le XIXe siècle touchera à sa fin. En apparence comme en réalité, ils n’ont point de rapport : mais une école bruyante, qui s’est imposée à l’attention du monde par l’ardeur de ses manifestations, plus que par le sérieux de ses raisonnemens, a voulu faire croire et a réussi pendant quelques années à faire croire à une partie des agriculteurs européens que l’un dépendait de l’autre, et que la baisse du métal argent était la seule cause de la baisse du blé. Or voici que l’argent, après avoir perdu la moitié de sa valeur de 1873 à 1896, est encore tombé brusquement de 20 pour 100 depuis un an, et qu’il perd non plus la moitié, mais les trois cinquièmes de sa soi-disant parité avec l’or, c’est-à-dire du prix auquel il était coté, lorsque le rapport commercial des deux métaux était égal à leur rapport monétaire en France et dans d’autres pays. Un kilogramme d’or équivalait il y a vingt-cinq ans à 15 kilogrammes et demi d’argent ; l’an dernier à 33 kilogrammes environ ; aujourd’hui un kilogramme d’or peut acheter 40 kilogrammes d’argent. Dans les derniers douze mois, le quintal de blé s’est élevé sur le marché de Paris de 18 à 30 francs, c’est-à-dire qu’il a monté de 67 pour 100.