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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/382

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plus positif : » il importe, en effet, de tenir les Français en suspens jusqu’au moment de leur porter les coups décisifs, d’enlever au Directoire tout prétexte de recommencer la guerre, de gêner enfin ses mesures en soutenant les illusions du parti de la paix et de l’économie dans les Conseils de Paris. Il importe surtout de s’assurer le concours désintéressé de la Prusse, ou, si elle le refuse, de la contenir par l’approche d’une puissante armée russe. Une autre armée russe va marcher sur la Suisse et sur le Rhin. L’Autriche, cependant, se couvrira et se nantira du même coup en occupant la Bavière.

Ainsi tout était en train, mais rien n’était fait lorsque Naples rouvrit les hostilités. L’événement montra que, si l’Europe n’était pas encore mûre pour la coalition, le génie de la conquête révolutionnaire n’était pas éteint en France.


III

Si quelque leçon eût été capable d’éclairer les Directeurs sur l’insuffisance de leurs moyens et le péril de leur politique, la crise qu’ils traversèrent, en ces mois d’octobre et de novembre 1798, l’aurait fait. Il semble que dans ces immenses glacis, dans ces bastions et forts avancés dont elle s’est entourée, la France se voit assiégée de toutes parts ; partout la terre se remue et se creuse, ce ne sont que souterrains, et les mines qui éclatent, çà et là, dénoncent l’approche de l’ennemi. Sauf dans les pays allemands de la rive gauche du Rhin, soumis, paisibles et d’ailleurs très fortement occupés, on n’entend parler que de troubles et de révoltes. En Hollande, il y a un parti pour appeler les Prussiens et les Anglais ; la population les recevra en libérateurs. En Belgique, comme naguère en Vendée, la conscription et la persécution religieuse arment les paysans. Les campagnes, les bois se remplissent de bandes de réfractaires qui réclament leurs prêtres et aiment mieux se faire tuer autour de leurs villages que d’aller à la guerre contre des gens qu’ils ne connaissent pas, pour une république qu’ils détestent. Le pays étant dégarni de troupes, la répression, pour être efficace, doit être impitoyable, et elle l’est [1].

En Piémont, Ginguené l’avait pris de si haut, avec une

  1. Sur cette guerre dont le roman de Henri Conscience a popularisé la légende, voir : La domination française en Belgique, par L. de Lanzac de Laborie, t. I, livre IV, p. 219 et suiv.