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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/371

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Russie perdra l’occasion de résoudre dans d’autres parties du monde des questions qui sont, elles aussi, vitales pour son avenir. Dans ces circonstances, le rôle de la France est tout tracé : ouvrir les yeux aux deux rivaux, leur montrer le péril et la solution, faire encore une fois en Extrême-Orient œuvre de paix et de concorde. Nous sommes liés à la Russie par une étroite amitié : dans les affaires sino-japonaises, nous lui avons donné, en même temps que des conseils de modération, un loyal appui. Avec le Japon, nos rapports sont excellens ; il sait tout ce qu’il a dû, dans la crise de 1895, à la sagesse, au calme de nos diplomates et de nos marins. C’est à nous qu’il doit d’avoir échappé au plus redoutable des périls : la Russie, l’Allemagne, étaient disposées aux moyens violens ; les Russes, craignant de voir disparaître leur dernier espoir d’obtenir un port libre sur une mer libre, montraient une inquiétante ardeur belliqueuse ; ils parlaient d’anéantir la flotte japonaise, de profiter de l’occasion pour écraser leurs rivaux ; ils criaient qu’on ne les arrêterait pas comme à San-Stefano. Notre amiral calma les passions de ses alliés et conseilla aux Japonais la prudence. C’est peut-être à la France seule que la Russie et le Japon doivent d’avoir évité les solutions violentes. Cette modération et ces services ont grandi dans tout l’Extrême-Orient notre prestige et notre crédit.

Aucune puissance n’est donc mieux que la France placée pour prévenir un conflit futur. Or — suprême argument en ces matières — elle y a intérêt. La mise en valeur de la Chine par les Japonais peut être pour nos colonies d’Indo-Chine un élément sérieux de prospérité : nous pouvons prendre par le sud, comme la Russie par le nord, notre part dans l’exploitation du Céleste-Empire. Quant à la concurrence de la marine marchande et du commerce japonais, nous n’avons guère à nous en préoccuper, car notre cabotage et notre négoce dans les mers chinoises sont presque nuls. Notre Tonkin, notre Cochinchine sont riches, mais manquent de colons ; pourquoi ne verrions-nous pas avec plaisir des Japonais créer sur nos territoires des exploitations agricoles et industrielles ? Est-ce que le riz de Cochinchine, cultivé par des Annamites, acheté par des négocians chinois et exporté au Japon par des bateaux allemands, n’est pas pour nous une source sérieuse de bénéfices ? Puisque nous ne colonisons pas nous-mêmes, laissons coloniser chez nous par d’autres. — Nous avons à résoudre une question difficile, celle du Siam, où la politique