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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/368

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pendant plusieurs jours leur tour de départ. Ces débuts sont pleins de promesses, mais il n’en est pas moins vrai que c’est en Chine, dans les régions si riches où ses extrémités plongeront, que le Transsibérien devra aller chercher les marchandises dont le transport fera sa fortune. Plus l’activité des Japonais fera produire au sol et à l’industrie chinoise, plus sera grande la prospérité du Transsibérien.

Pour enlever aux Russes ce transit rémunérateur, les sujets du Mikado développent leurs compagnies de navigation. Chemins de fer russes, bateaux japonais ruineront toutes les entreprises anglaises ou allemandes et défieront toute concurrence. Sur mer, les Japonais auront sur tous leurs rivaux des avantages décisifs : bas prix de la main-d’œuvre, dépréciation de l’argent et surtout cet esprit de solidarité qui les unit tous contre les étrangers : ils sauront abaisser leurs tarifs, travailleront même quelque temps à perte, jusqu’à ce qu’ils obtiennent le monopole des bénéfices convoités. Ne les a-t-on pas vus, en 1895, faire baisser de moitié le fret de la tonne de Singapore à Londres, malgré l’entente de toutes les compagnies européennes ? — La voie de mer sera donc japonaise ; elle n’aura qu’une concurrente, la voie de terre russe.

Toutes les marchandises destinées à la Russie elle-même, favorisées par la modicité des tarifs, passeront par le Transsibérien ; mais pour aller dans les autres pays d’Europe, il faudra subir les tarifs, relativement élevés, de l’Allemagne ou de l’Autriche, et la différence d’écartement des rails nécessitera un transbordement toujours onéreux. Pour ces pays-là, la voie de mer restera la moins chère, car le fret japonais ne sera pas sensiblement différent, que les marchandises aillent de Hankow jusqu’à Odessa, Marseille, Anvers ou Londres. Mais le Transsibérien aura toujours l’avantage d’abréger d’un mois la durée du voyage ; les produits peu encombrans et de haut prix, comme la soie, ceux sur lesquels s’exerce la spéculation, comme le thé, préféreront la voie la plus rapide. Ne pourra-t-on pas du reste créer de Marseille à Odessa, par exemple, ou du Havre à Cronstadt, des lignes de navigation qui seront comme un prolongement maritime du Transsibérien et qui éviteront les frais élevés du transit à travers l’Europe ?

Ainsi chemin de fer russe et bateaux japonais répondront à des besoins économiques différens ; la prospérité de l’un ne sera pas la ruine des autres, ils pourront coexister sans s’entre-détruire ;