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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/356

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A la Russie et à l’Allemagne se joignit la France [1]. Depuis les guerres du Tonkin, nos relations avec la Chine n’avaient jamais cessé d’être quelque peu tendues ; au contraire, nos rapports avec le Japon étaient très amicaux : il s’adressait fréquemment à notre industrie et les meilleurs des navires vainqueurs au Yalu sortaient des chantiers de la Seyne. Mais notre politique générale nous faisait une loi de marcher d’accord avec la Russie, surtout au moment où l’Allemagne se rapprochait d’elle. Notre intérêt n’était pas en contradiction avec nos alliances. Un échec, en Extrême-Orient, du prestige britannique ne pouvait nous être indifférent. Nous pouvions d’ailleurs tirer de notre intervention des avantages politiques et commerciaux de premier ordre pour l’avenir de nos colonies asiatiques : seulement il ne fallait pas compter sur la reconnaissance des Chinois, mais l’exiger et nous faire payer en même monnaie que les Russes. En tout cas, même au Japon, le crédit de la France n’a pas été atteint par son intervention dans le conflit de 1895 ; notre rôle dans ces négociations a été avant tout pacificateur. Dans ces quelques jours d’anxiété qui ont précédé le 8 mai et où l’on doutait si le Japon céderait à l’ultimatum des puissances, ou si l’on en viendrait au canon, c’est à la prudence et à l’habileté de l’amiral de Beaumont que l’on dut le dénouement pacifique d’une situation menaçante. Les Japonais nous ont su gré de nos efforts conciliateurs ; ils ont renoué avec nous d’excellentes relations. Ils n’ont malheureusement pas de raisons de voir en nous, pour l’exploitation de la Chine, des concurrens dangereux.

Par le traité de Shimonosaki, le Japon n’obtenait que Formose et une indemnité de 300 millions de yens [2]. Il devait renoncer à toute acquisition territoriale en Chine ou même en Corée. Le véritable vainqueur était donc la Russie : elle se posait en tutrice de la Chine, elle fermait le continent à l’influence japonaise ; quant à ses deux concurrens européens, l’Allemagne et l’Angleterre, elle s’était servie de l’un et elle avait porté au crédit de l’autre un coup sensible.

  1. Quant à l’adhésion de l’Espagne, elle s’explique facilement. Le traité de Shimonosaki a donné Formose au Japon et l’a ainsi beaucoup rapproché des îles Philippines. Les Japonais ont des vues ambitieuses sur ces belles îles : leurs agens et leur or n’ont peut-être pas été étrangers aux récentes insurrections.
  2. Le yen vaut actuellement 2 fr. 55 environ.