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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/301

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LE DÉSASTRE.

hommes, chevaux, canons, poursuivaient lentement leur retraite. La lune avait disparu. À sa place, une, deux, puis trois, puis quatre, tout un champ d’étoiles scintillèrent, fleurirent, pures, fraîches, éternelles.

Il songea aux milliers de morts étendus, les yeux clos à cette splendeur… aux milliers de cadavres qui avaient été des hommes comme lui, chair inerte à présent ! Il songea aux blessés, à l’épouvantable horreur des blessés ; le râle faible de tout à l’heure lui parut courir encore au ras de la plaine ; et partout, partout des cadavres ; les routes, les maisons, les, champs, les bois en étaient pleins. Il ne vit plus que cadavres. À plat ventre, couchés sur le dos, dans les sillons, dans les fossés, des cadavres raidis, sanglans, rien que des cadavres, un amoncellement de cadavres.

Les étoiles brillaient toujours, vives, sur l’azur noir. Il faillit alors crier de douleur. Pourquoi, oui, pourquoi ce carnage imbécile ? Une brise imperceptible soufflait. Les étoiles frissonnèrent. Jamais elles n’avaient été plus belles.

Paul et Victor Margueritte.

(La troisième partie au prochain numéro.)