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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/283

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LE DÉSASTRE.

dences de ce dernier, hocha la tête d’un air sceptique, lorsque Du Breuil lui en parla.

L’aube du 13 se leva, la pluie des derniers jours cessait. Les heures passèrent avec la même rapidité, flot trouble et bourbeux de bonnes nouvelles, fausses, et de mauvaises, trop vraies. Et pas d’ordres ! Il n’y comprenait rien. Sans relâche, l’éternelle question le harcelait : Qu’est-ce qu’on attend ? À quoi pensait Bazaine ? Bien qu’il n’y eût pas eu de transmission régulière du service, nul doute qu’il n’exerçât depuis ce matin le commandement. Pourquoi l’état-major général, passant sous ses ordres, ne le ralliait-il pas ? Le général Jarras s’était mis à sa disposition, avec tous ses officiers. Le maréchal lui avait fait répondre qu’il le verrait dans l’après-midi en venant conférer avec l’Empereur ; mais, sa visite faite, il repartait en voiture pour Borny sans le faire prévenir. Jarras accouru, Bazaine, après quelques mots sans importance, lui avait dit en le quittant : « Je n’ai pas d’ordres à vous donner. » Du Breuil n’y pouvait croire.

Un autre souci l’inquiétait. Comment personne ne s’occupait-il des points de passage par lesquels l’ennemi, débouchant sur la rive gauche de la Moselle, pouvait couper la retraite ? Les habitans de Novéant et d’Ars demandaient par dépêches s’il n’y avait pas lieu de détruire leurs ponts. Un officier du génie qui avait disposé et chargé les fourneaux de mines du pont d’Ars, réclamait d’urgence un ordre qui ne venait pas. Pourquoi le général Coffinières n’attirait-il pas sur cette question l’attention de Bazaine ?

Son étonnement s’accrut, quand il rencontra, au Café parisien, Langlade. Celui-ci, — comme il était bien frisé ! — lui raconta la chevauchée de la brigade Margueritte, envoyée la veille, à Pont-à-Mousson, que la cavalerie ennemie occupait.

— Première nouvelle, dit Du Breuil.

L’opération, pourtant, avait son importance : le rétablissement de la voie permettait au 6e corps de rejoindre, moins son artillerie, son génie, sa cavalerie et ses services administratifs.

Un hâbleur, le lieutenant Marquis, sortit du café comme un diable d’une boîte. Il fondit sur Du Breuil :

— Savez-vous, mon commandant, que le maréchal Lebœuf passe au conseil de guerre, et que Frossard est à la veille d’être fusillé ?

— Vous me l’apprenez, dit Du Breuil avec flegme.