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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/250

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REVUE DES DEUX MONDES.

Tous ces changemens, tous ces retards ne valent rien. On dit Bazaine blessé de se voir réduit à la direction d’un simple corps.

— Eh bien, fit Boisjol, et le 2e, et le 4e, et le 5e corps ? le maréchal en a surveillé la formation jusqu’à l’arrivée du major général.

— Sans doute, reprit M. Bersheim, avouez seulement qu’ensuite il n’a pas traîné ici… Son brusque départ est celui d’un mécontent.

— Il est revenu pour saluer l’Empereur, remarqua Mme Bersheim.

Du Breuil s’informa de la réception faite au souverain. Il se souvenait que Metz, au moment du plébiscite, avait voté non. Bersheim raconta l’arrivée. Dès cinq heures, autour de la Préfecture dont on avait sablé les abords, s’étaient mis à rôder les policiers bruns, trapus, types de Méridionaux et de Corses. À six heures quarante-cinq, par la porte de la rue Serpenoise, sablée aussi (une petite pluie avait rendu les pavés glissans), le cortège faisait son entrée. Accueil déférant, mais sans enthousiasme. La ville était pavoisée depuis huit jours ; on n’avait pas ajouté un drapeau aux fenêtres. Un piquet de cent-gardes précédait les voitures. L’Empereur était dans la première, visiblement abattu. Sa tête retombait sur la poitrine. Ses cheveux trop longs dépassaient le képi, caressaient le col de sa tunique. Dans la seconde voiture, à côté du prince Napoléon impassible, le Prince impérial saluait, tout souriant. M. Bersheim dit :

— J’ai entendu une paysanne murmurer : Ah ben ! y en a un qu’est trop jeune, et l’autre est trop vieux !

Il ajouta :

— Bazaine, seul, en calèche découverte, suivait au milieu du cortège de généraux, d’écuyers, de piqueurs. Il était très pâle, avec des yeux boursouflés, des rides, un air de fatigue et d’ennui. Il ne m’a pas, je l’avoue, produit une excellente impression. Son visage a quelque chose d’impénétrable. L’air d’un homme qui pense à soi.

— Un ambitieux, souligna le major. Sa conduite au Mexique l’a bien prouvé.

— Possible, dit Boisjol, je n’en sais rien. Mais brave comme les plus braves ! je l’ai connu en Italie, moi !

On vint prévenir M. Sohier qu’un infirmier l’attendait. Il sortit