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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/234

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 août.


Lorsque M. le président de la République a quitté Paris pour se rendre à Saint-Pétersbourg, on pouvait se demander s’il rapporterait de ce voyage autre chose et plus que nous n’avions retiré de celui que l’empereur Nicolas avait fait à Paris l’année dernière. Il en a rapporté davantage. Ce mot d’alliance, qui était dans tous les esprits, n’avait pas encore été prononcé ; il l’a été cette fois. Le fait en lui-même n’a d’autre intérêt que celui qu’on a bien voulu lui donner, mais on lui en avait donné un très considérable. Pour nous, il importait assez peu que l’alliance fût reconnue, avouée, proclamée ; il suffisait qu’elle existât, et les manifestations qui avaient eu lieu déjà ne laissaient aucun doute sur sa réalité. Malgré la réserve et les réticences du langage tenu jusqu’à ce jour, l’alliance franco-russe était évidente pour ceux qui savent voir et comprendre. Le mot lui-même avait été prononcé un jour à la tribune par M. Hanotaux. À la vérité il n’avait pas été répété depuis lors, et on affectait à l’étranger de ne pas croire que le rapprochement des deux nations et des deux gouvernemens avait pu aller jusqu’à la conclusion d’une alliance formelle. Ceux qui s’obstinaient dans leur scepticisme sont obligés d’y renoncer aujourd’hui. À Cronstadt, au moment de quitter les eaux russes, M. Félix Faure a qualifié la France et la Russie de nations « amies et alliées », et l’empereur, en lui répondant, s’est servi exactement des mêmes termes. Plus le mot s’est fait attendre et plus il a de prix : nous dirions même volontiers que son importance tient surtout à ce qu’il s’est fait attendre si longtemps. Il éclaire aujourd’hui tout le passé. On se rend compte que l’alliance franco-russe n’est pas nouvelle : elle existe depuis plusieurs années déjà, elle a fait ses preuves, et ces preuves ont été bienfaisantes pour la paix et pour la tranquillité de l’Europe. Qui sait ? Si elle avait été proclamée aussitôt qu’elle a été conclue, peut-être aurait-on répandu quelque alarme autour de son berceau. On se serait demandé dans quels desseins elle avait été formée, et il aurait été facile à la malveillance de faire naître et d’en-