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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/232

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vous ferez parce que je le veux, ce reniement de vos anciennes amitiés, c’est très mal, n’est-ce pas ? c’est laid, bas et déshonorant ? » Tout ce discours est d’une sottise si formidable, si pleine, si condensée, si définitive, que l’on voit bien que ce n’est plus Germaine toute seule qui parle : c’est l’auteur qui, très perspicace et allant au fond des choses, nous livre le secret total de cette vaine et à la fois violente et niaise petite âme. Si d’aventure vous étiez follement épris d’une dame et qu’elle vous parlât ainsi, j’espère pour vous, monsieur, qu’elle ne vous reverrait pas souvent. Il est clair qu’aucune créature au monde ne vaut ce que Germaine réclame ici comme son dû. On peut cependant être tenté, quand les femmes ne le demandent pas, de le leur accorder ou de le leur promettre, — contre tout bon sens, d’ailleurs, et contre toute justice : mais quand elles le demandent, quand elles l’exigent, et en ces termes !

Et alors voyez ce qui arrive. Nous aimons Jean, après tout, quoiqu’il ne soit exempt ni d’affectation, ni de pédantisme, ni de narcissisme intellectuel. Tel qu’il est, c’est un homme très intelligent et très bon. Lors donc que nous voyons cet homme supérieur se donner tant de mal pour cette perruche hystérique, tout supporter d’elle avec une patience d’ange, s’ingénier pour que ses fantaisies changeantes et contradictoires s’accomplissent à mesure, lui sacrifier enfin sa vie, — une vie qu’il emploierait plus utilement de n’importe quelle autre manière, ne fût-ce qu’à lire, rêver et regarder le monde, — nous jugeons que Germaine ne mérite vraiment pas tout cet effort, ni ces attendrissemens penchés sur son néant, ni ces mains précautionneuses comme autour de quelque chose de sacré. Nous en sommes d’autant plus étonnés que Jean connaît bien Germaine, qu’il la voit telle qu’elle est, qu’il la sait incurable, qu’il la respecte comme on respecte les idiots, qu’en réalité il la méprise, tout en reconnaissant en elle un séduisant animal, et que, dans les trois premiers actes (cela est dit vingt fois), il n’a pour elle, tout au plus, qu’une pitié affectueuse.

Dès lors on s’explique peu l’immolation de Jean. Germaine est trop évidemment de celles envers qui il ne serait point illégitime d’user de quelque contrainte extérieure, puisqu’elle est incapable de se gouverner elle-même, qu’elle est une créature sans volonté ni conscience morale et que, par suite, il n’y a pas de « dignité » à ménager en elle. Ses vanités, ses caprices, ses absurdes illusions et ses stupides exigences n’ont rien du tout de vénérable ; et je ne verrais, pour ma part, nul inconvénient à ce qu’un aussi pauvre être fût maintenu dans l’ordre par voie d’autorité, ou même par un peu de terreur. Que si alors elle