Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/227

Cette page n’a pas encore été corrigée


(au sens propre), un peu de cette débilitante sensualité cérébrale qui ne manque guère aujourd’hui dans les œuvres des jeunes gens.

Parmi tout cela, à chaque page, quelque chose de languide, de défaillant, de pâmé. C’est un délicieux poème de maladie. Il n’y eut jamais cécité plus voluptueuse, ni anémie ou neurasthénie plus contente de soi. — La fin a beaucoup de grâce morbide. Daniel, mourant, est sans haine, mais ne peut cependant pardonner à Marthe. « Nous ne pouvons pas lui pardonner maintenant, n’est-ce pas ? dit-il à Grand’mère. Mais quand je ne serai plus, tu lui diras que je l’aimais encore. Il faut me le promettre. » Et, quand il est mort, Grand’mère dit à Marthe : « Il te pardonne. » Et Marthe, qui le croit encore vivant, s’avance en tâtonnant vers le lit. « Me voilà, Daniel… Merci bien… C’est moi… C’est votre petite Marthe… Bonjour, Daniel », dit l’aveugle au mort…

Seulement, ce poème de maladie ne se devrait murmurer qu’entre infirmes, égrotans et débilités. Le défaut, c’est que les bien portans parlent ici comme les malades. Ce sanguin de Maxime, l’énergique grand’mère elle-même, terrible et belle de maternité immorale, ont le même langage précieusement métaphorique et tourmenté que la délicate aveugle et le subtil névropathe, et le même air d’assister en rêve à leur propre vie. (Voyez, notamment, le couplet de grand’mère, acte II, scène 4, et certains propos de Maxime au troisième acte.) Le drame, malgré la violence des actions, demeure tout étoupé de songerie. — Et je vois bien, par exemple, que les deux derniers actes ne valent pas les deux premiers. Mais, si j’essayais de formuler un jugement sur l’ensemble, j’en serais fort empêché. Car cela n’est pas sain ; cela est d’une recherche qui a exaspéré de bons esprits ; le dessein en reste obscur, et je me demande à présent si j’ai bien su le démêler : mais, malgré tout, j’ai cédé, en plus d’un endroit, au charme énervant de cette transposition d’un drame assez vulgaire en une sorte de nosographie précieusement et rêveusement lyrique.

L’Enfant malade, de M. Romain Coolus, est bien aussi une espèce de rêve, mais un rêve de philosophe et de raisonneur, un rêve de forme dialectique et volontiers oratoire. — Le dessein qui paraît dominer ce que M. Romain Coolus a donné jusqu’ici au théâtre, c’est la glorification des maris indulgens. Dans le Ménage Brésil, l’indulgence du mari était bouffonne ; dans Raphaël, elle était ironique ; dans l’Enfant malade, elle est sérieuse de ton et presque solennelle ; dans les trois pièces, elle est totale, sans restrictions, et à peu près sans douleur. —