Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/220

Cette page n’a pas encore été corrigée


producteurs et la qualité moyenne des productions croissent plus vite que n’augmentent les débouchés. A Stockholm comme à Paris, les tableaux ne se vendent pas toujours, et les amateurs américains sont tout spécialement appréciés. Sans doute aussi, la bourgeoisie riche qui constitue l’actuelle aristocratie abuse des distinctions minutieuses et a la manie des titres sonores : l’artiste y est qualifié parfois d’un « Monsieur le sculpteur sur bois » ou d’un « Monsieur le peintre de rochers » qui n’est pas sans quelque ironie. On n’empêchera point qu’il y ait, très avant dans le Nord, des gens aimant mieux faire fortune en vendant des poissons salés que hasarder leur existence à la poursuite d’un rêve d’art. Peut-être dira-t-on encore que le puritanisme luthérien fait obstacle à la liberté de l’artiste : il n’y a pas bien longtemps qu’on protestait, au parlement suédois, contre l’indécence de panneaux décoratifs fort insignifians que personne ne s’était avisé de regarder jusque-là et que tout Stockholm s’empressa d’aller détailler à la lorgnette. Ce sont des maladresses qu’on commet en tous pays et tout ceci n’est point une originalité bien grande. Il m’a toujours paru que les artistes profitaient de l’intimité générale qui s’établit entre les membres peu nombreux de la société stockholmoise. On connaît leur vie, on sait le détail de leurs travaux et de leurs succès. L’Etat, les municipalités, les simples particuliers, les mécènes s’efforcent de conserver leurs œuvres aux galeries nationales. Et s’il est peu prisé par la bourgeoisie marchande, chez eux l’art a de hauts défenseurs. Charles XV a dispersé dans les châteaux de la couronne une collection de consciencieuses études : de nos jours, avec la même bonne grâce et du talent en plus, le prince Eugène continue la tradition de peintres royaux. En Suède, les artistes sont pauvres souvent et parfois mal compris : leur indépendance est défendue. Et je ne vois point qu’on puisse généraliser les révoltes de Strindberg.

C’est en exprimant des impressions qui sont bien à eux, qu’ils éprouvent dans leur milieu d’origine, que les artistes suédois ont eu des instans de grandeur et sont affranchis aujourd’hui de l’imitation médiocre. C’est en cherchant des expressions neuves de leur personnalité qu’ils soutiendront la force actuelle de leur école. Ainsi encore ils achèveront de nous rendre ce que nous leur avons donné : leur modestie fait très précieuse l’aide qu’ils doivent à l’enseignement et à l’initiative de la France ; il faut convenir que ce sont débiteurs scrupuleux qui ont payé déjà une part de