Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/217

Cette page n’a pas encore été corrigée


Hasselberg. D’abord le Grand-Père, groupe d’une composition puissante représentant un vieillard qui veille sur son petit-fils, le couvrant d’un geste et d’un regard qui protègent. Nous sommes en pleine fantaisie avec cette figure exquise, un peu bizarre, la Grenouille : derrière une grenouille ramassant son élan, prête à bondir, une fillette nue est accroupie, les jambes repliées, les mains crispées à terre, dans une attitude rappelant celle de l’animal : hardi rapprochement de formes qui donne une saveur étrange à la délicate féminité de la physionomie. Enfin voici cette œuvre triomphante, la Fleur de neige, dans laquelle Hasselberg a réalisé l’expression la plus pure d’un songe éternel de l’humanité, le vieux mythe du printemps vainqueur éveillant la nature dans la joie du premier soleil qui vient rajeunir l’éternelle beauté des choses [1]. Sous la caresse de la lumière qui fait sa chair transparente, une vierge se dresse chaste et résolue : comme la fleur légère longtemps oppressée par l’écorce neigeuse des hivers, elle a dormi dans le froid et l’obscurité ; elle apparaît au monde dans le moment de sa résurrection ; une de ses mains achève de dénouer le lien qui l’enserrait ; l’autre, d’un geste de calme délivrance, soutient la chevelure alourdie : les yeux sont clos encore, mais un rayon filtre sous les paupières basses : dans un instant, le regard va resplendir. C’est une grâce suprême chez l’artiste d’avoir choisi cette heure indécise de transformation qui permet à chacun de prolonger son rêve. Hasselberg est du petit nombre de ces artistes heureux qui, isolés en plein idéal au-dessus des traditions et des formules, ont inventé des créations rares où la pensée est distinguée spontanément et l’exécution parfaite sans effort. Dans son œuvre, la poésie naturelle de la Scandinavie a trouvé sa plus précieuse expression.

A côté de la peinture et de la sculpture proprement dites, il faudrait étudier en Suède un développement exceptionnel de l’art décoratif et de l’art industriel sous toutes leurs formes : c’est à notre époque une véritable résurrection de l’ornemanisme qui fut si longtemps le seul art septentrional : les découvertes récentes et la variété croissante des procédés facilitent l’extension, un art pratique et permettent des applications toujours plus nombreuses : la ciselure, la parure et remaillage de l’acier, la

  1. La Fleur de neige fut médaillée au Salon de 1881, Des exemplaires en marbre sont au musée national de Stockholm, à la galerie Furstemberg, à Gothembourg et à la Glyptothèque de Copenhague.