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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/214

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mais ils nous laissent sentir qu’ils sont émus d’une sympathie pour elle : cette émotion se manifeste diversement suivant le tempérament : elle est faite de joie débordante chez Larsson et de gravité chez Zorn. Il ne faut pas conclure de là que ce ne sont plus des réalistes ; je crois, au contraire, qu’ils ont donné une forme supérieure de la doctrine, appliquée en même temps à l’observation du sujet et de l’artiste lui-même. Les paysagistes suédois sont là, en tout cas, pour prouver l’originalité et la justesse de cette conception. Ils sont moins lyriques que Corot, moins chercheurs que Rousseau, moins humains que Millet : mais, chez eux, la vérité semble plus simple. On ne saurait les ranger dans l’une des écoles contemporaines ; ils ne sont pas impressionnistes ; ils ont le souci des contours précis en même temps que le goût des couleurs expressives ; leurs sympathies sont éclectiques et ils admirent avec un enthousiasme égal M. Besnard et M. Puvis de Chavannes ; mais ils n’imitent plus personne. Ils suivent leur instinct, affiné par des études patientes. « Voir vrai, sentir juste, faire simple », telle paraît être la triple règle de leur inspiration.

Nous avons pu vérifier l’application de ces trois principes dans les analyses précédentes ; elle se retrouve avec la même évidence dans toutes les œuvres venues de Suède. Sans doute, il nous est difficile de comprendre la vérité du paysage Scandinave ; nous constatons surtout qu’il est différent du nôtre, et une certaine défiance est naturelle devant ces lumières qui paraissent exceptionnelles à côté de l’éclairement moyen des motifs de France et du grand jour des midis italiens ou espagnols. Mais, dès la première observation, nous pouvons apercevoir avec quel soin les peintres suédois se sont réservé toutes possibilités d’arriver à une réalité parfaite. Le choix de leurs sujets, cette importance dominante que la nature y garde toujours, en sont des preuves : la sincérité des choses est plus sûre que celle de l’homme ; on la pénètre plus aisément et, toutes difficultés d’exécution mises à part, l’artiste parvient fréquemment à rendre dans son intégrité l’ensemble d’un aspect physique, alors qu’il n’est jamais assuré d’avoir exprimé avec exactitude le moins compliqué des sentimens humains. Le personnage, chez les peintres du Nord, est toujours un portrait, dans lequel ils mettent tout ce qu’ils ont compris de leur modèle, sans raffiner, sans chercher des intentions curieuses. La peinture dite « de genre » leur est presque inconnue : quand ils représentent