Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/210

Cette page n’a pas encore été corrigée


l’exposition de 1889 [1] : trois paysages allégoriques résumant les grandes époques de l’art sous ces titres, Renaissance, Rococo, Art moderne, ensembles animés, vivans, adroitement réglés et rayonnans de clarté. Il sait à merveille adapter ses sujets aux conditions matérielles ambiantes. Son ingéniosité supérieure tire parti des moins favorables circonstances. Il y a quelques années, on construisait à Gothembourg une école de filles, toute en fer et briques, déplorablement insignifiante. Le bâtiment fini, on s’aperçut qu’il était fort laid et peu fait pour former l’esthétique des jeunes Suédoises. On eut recours à Larsson et on lui demanda de décorer un escalier au jour invraisemblable, coupé de paliers absurdes et qui semblait emprunté à quelque gare de chemin de fer. Larsson entreprit de retracer dans ce décor l’histoire de la femme Scandinave. Son imagination utilise les pires conditions et s’en fait une aide. Dans les enfoncemens des voûtes, dans les recoins sombres des étages inférieurs, il esquisse des scènes de la vie primitive : un mur un peu plus éclairé lui permet de placer une de ses plus fortes compositions, la femme d’un Viking et ses deux filles groupées dans un mouvement de douleur fière devant la pierre dressée qui rappelle le guerrier disparu. A mesure qu’il rencontre le soleil plus libre, il choisit des motifs plus modernes, où le détail devient nécessaire : voici la femme du XVIIIe siècle, dans son milieu d’élégance précieuse : et voici les jeunes filles d’à présent, en claires toilettes parmi des fleurs et des lampes électriques. Autour des motifs principaux, Larsson improvise toute une décoration qui relève l’insignifiance des objets et leur donne une expression et un style : il refait lui-même les plafonds, les portes et les rampes. Son invention a transformé ce bâtiment banal en un véritable musée qui semble avoir été construit d’après sa fantaisie. On peut comprendre par ces quelques aperçus que le talent de Larsson s’est écarté autant qu’il est possible de la reproduction mécanique, de l’impression passive qui furent les moyens de certains réalistes français. Il marque ses œuvres d’un esprit personnel. On ne saurait en conclure qu’il est en désaccord avec les tendances générales de l’école suédoise : l’étude détaillée de quelques-unes de ses compositions prouverait clairement que Larsson a toujours cherché la vérité, même au prix d’une

  1. Aujourd’hui à la galerie Fürstemberg, à Gothembourg.