Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/204

Cette page n’a pas encore été corrigée


brillaient, très hautes ; un jour léger illuminait tout le paysage ; les plans étaient nets, précis, ou pouvait compter les distances ; chaque détail ressortait avec sa vraie valeur, et de cet ensemble de réalités simples se dégageait une poésie étrange et mélancolique. Larsson dit seulement : « Notre lumière intime… » Lumière intime, c’est bien cela, sincère et profonde, qui semble venir de l’intérieur des choses et dont la caresse est une émotion.

Le Suédois a le sentiment profond de cette précieuse beauté de son pays ; il lui voue une admiration attendrie qui, chez les plus humbles, sait comprendre toutes les délicatesses. C’est une race qui, en pleine civilisation, vit très près de la nature et conserve une surprenante faculté d’émotion ; les Scandinaves paraissent à demi païens encore, d’un panthéisme élargi et affiné ; ils ont longtemps adoré la nature comme Force, ils la révèrent aujourd’hui comme Beauté : ils continuent de lui rendre un culte naïf et sincère. Au matin, dans les champs, le paysan se découvre quand résonne le premier chant d’alouette ; dans un jardin des environs de Gothembourg, un rossignol de passage chantait chaque soir ; des ouvriers l’entendirent et revinrent l’écouter ; bientôt ils furent plusieurs milliers tous les jours autour du massif sur lequel veillaient des agens de police. Et dans la nuit du premier mai, tandis que des feux s’allument sur toutes les hauteurs d’un bout à l’autre de la Scandinavie, à Stockholm et dans les postes perdus, le peuple entier entonne des chœurs joyeux pour saluer l’espoir du Printemps reparu. Cette sensibilité vibrante maintient les Scandinaves dans une demi-rêverie perpétuelle qui prête à leur commerce une grâce un peu surannée et singulièrement attirante : dans leur hospitalité, dans leur politesse sérieuse transparaissent les souvenirs d’une chevalerie disparue : ils ont des formules, des gestes que nous ne saurions plus : voici quelques mois, dans une station extrême de la mer du Nord, un groupe de voyageurs est réuni autour d’un aventureux chercheur qui part pour le pôle ; on le fête, on l’acclame, on lui fait des discours, toutes les banalités d’usage : et une jeune fille s’avance, très simple, dénouant un ruban qu’elle porte pour l’attacher au bras de celui qui part. La vie septentrionale offre à tout instant des exemples de cette poésie intime et spontanée.

L’artiste, de sensibilité plus exercée, subit plus profondément les influences du milieu et du tempérament, et ces influences doivent exercer sur la conception et la forme de ses œuvres une