Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/199

Cette page n’a pas encore été corrigée


III

C’est vers cette époque que l’art suédois se dégage des imitations improductives et s’affirme dans l’œuvre parallèle de deux puissans artistes, Fogelberg et Höckert. Ceux-là sont les vrais fondateurs de la sculpture et de la peinture suédoises : en leur temps, ils semblent des révolutionnaires et des initiateurs ; la vérité vivante de leurs créations les fait paraître encore aujourd’hui des modernes ; elles nous apparaissent marquées d’un sentiment nouveau, personnel, et qui tient à une inspiration résolument septentrionale.

Fogelberg [1] fait d’abord à Göteborg son apprentissage d’ouvrier ciseleur : on remarque ses dispositions, on l’envoie à Stockholm où il suit les leçons du maître Sergel. Sergel, regardé par ses compatriotes comme le premier sculpteur de Suède, était un artiste à la pensée simple et froide, à l’exécution correcte, souvent heureuse, qui ne soupçonnait point qu’on pût s’écarter des traditions. Il donne à Fogelberg l’intelligence de la sculpture antique, et celui-ci, après un court séjour à Paris, où il travaille avec Géricault dans l’atelier de Pierre Guérin, va s’établir en Italie. Il traverse une longue période de préparation pendant laquelle il produit des Hébé, des Vénus, des Mercure. Ses envois sont remarqués à Stockholm, il devient célèbre ; sentant qu’il peut oser quelque nouveauté, il va chercher désormais ses sujets dans la mythologie Scandinave et, substituant les personnages de l’histoire légendaire de son pays aux types conventionnels de la religion antique, achève, après quinze années d’efforts, trois statues colossales : Odin, Tor et Balder.

Le grand intérêt de ces œuvres est dans la conciliation que Fogelberg réussit à établir entre l’idée Scandinave et le procédé classique. Une large initiative était laissée à son imagination : les personnages dont il voulait évoquer l’image n’étaient connus que sous les formes imprécises dont les enveloppaient les légendes. C’est à peine si quelques grossières ébauches avaient tenté de reproduire les traits et les attributs que leur prêtait le sentiment populaire. L’imitation antique était cette fois impossible. Ces dieux du Nord ne pouvaient être semblables à ceux

  1. Fogelberg est né en 1786 à Göteborg, et mort en 1854 à Trieste. Gustave Planche lui a consacré quelques pages dans cette Revue (1855).