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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/184

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en dépit, malgré le grand intérêt scientifique auquel ils étaient fort sensibles, le triste état d’apparente dévastation dans lequel restaient, après l’achèvement des fouilles, les lieux explorés. Quelques-unes des dernières excavations pratiquées dans le forum ou son voisinage, n’ont mis à jour que de médiocres et indifférentes constructions du moyen âge, et tout l’espace entre le temple de Castor et Pollux, l’église de Sainte-Françoise Romaine et la Meta sudans n’offre plus qu’un squelette poussiéreux et décharné peu digne des grands et admirables débris qui l’entourent. Ceux qui ont vu le Forum il y a quelque trente ans, seraient parfois tentés de regretter l’allée d’arbres qui le traversait et y répandait un peu d’ombrage. On est reconnaissant des fouilles puisqu’elles ont mis au jour tant de documens d’un intérêt supérieur, tout au moins au point de vue de la topographie antique ; mais pourquoi bannir le lierre, la verdure et les arbres amis des ruines qu’ils protègent et conservent si on sait les diriger ? L’ancienne Rome était parsemée d’arbres auxquels s’attachaient des légendes populaires et qui servaient, les inscriptions nous l’attestent, de points de repère et comme d’adresse. Il y avait le célèbre figuier ruminal au forum, le labyrinthe du Vatican. Pline témoigne que de son temps les balcons de Rome étaient garnis de feuillage et de fleurs. Ce n’est pas le goût public qui bannit la douce et élégante verdure [1], bien que subsiste en quelque mesure, à vrai dire au point de vue hygiénique, une crainte traditionnelle de l’ombre et de l’épais rideau des grands arbres.

Les travaux opérés au Palatin n’ont pas tous, il faut en convenir, profité non plus au pittoresque. Il est difficile de ne pas regretter l’ancienne entrée de la colline, entrée aujourd’hui détruite. On peut voir à la bibliothèque de l’Institut, à Paris, une série de volumes in-folio contenant les dessins que Percier, l’architecte, a recueillis de son séjour à Rome comme pensionnaire de l’Académie de France. Ils ne sont pas seulement d’un crayon singulièrement délicat et fin, ils révèlent un homme de goût épris des suprêmes élégances de Rome. Percier paraît s’être plus particulièrement plu à dessiner l’entrée des jardins qui occupaient près de l’arc de Titus la partie orientale du mont Palatin. C’était un bel ensemble (que nous avons encore dans le souvenir) d’étages et de terrasses, avec une admirable frondaison de lauriers,

  1. Une société privée s’est, dit-on, formée pour protéger les arbres, en replanter et ensemencer les ruines. Les amis du pittoresque souhaitent son succès.