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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/174

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Maintenant, c’est fini. L’histoire de la restauration des Bourbons en Espagne, dont il caressait le projet, M. Canovas ne l’écrira point, et n’étant point écrite par lui, on ne pourra jamais assurer qu’elle le soit : « Oh ! me disait-il, je la ferais passionnée ! mais, moi, je ne comprends l’histoire que passionnée ! » La passion qu’il eût apportée à juger les autres, l’apportera-t-on à le juger ? Quoi que l’on fasse, il est un hommage que ses pires ennemis ne lui refuseront pas, l’hommage qu’il rend quelque part à un politique de l’ancien régime : « d’avoir, jusqu’au bord de sa tombe, eu le souci que ne s’ouvrît pas en même temps celle de sa patrie. » Il concluait : « La patrie ne mourut pas, sans doute parce que les nations meurent difficilement. » Et ce sera aussi bien la conclusion de sa propre histoire.

La mort, comme la vie, a ses injustices. Héroïque ou seulement tragique, elle est parfois plus grande que les hommes. Cette fois, elle a été à la mesure de l’homme. Pour M. Canovas, la vie avait commencé la consécration : « Quand nous serons tous, a dit Campoamor, dans ce champ sans haines qui se nomme le cimetière, les gens passeront indifférens près de nos sépultures oubliées ; mais il n’y aura pas un Espagnol qui, pour s’honorer soi-même et pour honorer son pays, ne se découvre respectueusement devant la pierre de Canovas del Castillo. »


CHARLES BENOIST.