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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/171

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morceaux : Révolution de Portugal, texte et réflexions ; Négociation et rupture avec la République anglaise ; Antécédens et relation de la bataille de Rocroy. Ce troisième morceau, de beaucoup le plus étendu, embrasse en réalité avec toutes ses causes politiques, économiques et sociales, l’histoire de la prépondérance militaire des Espagnols en Europe, de ses commencemens à son déclin. Nulle part M. Canovas historien ne se montre plus homme d’Etat. Cette décadence de l’Espagne pouvait-elle être arrêtée et comment ? il n’est pas un chapitre où la question ne soit implicitement ou explicitement posée, et c’est la marque que, dans l’histoire, M. Canovas ne voit pas uniquement l’histoire, toute desséchée et toute froide : il veut y voir un enseignement, un principe d’action, pour un peu l’on dirait une règle de métier.

A ses œuvres historiques se rattache encore la biographie de son oncle El Solitario, Estebánez Calderón, dont le cadre serait sans doute un peu trop grand pour le sujet, si le sujet ne s’amplifiait et ne s’élargissait jusqu’à devenir un tableau, — dessiné et peint par un homme qui professionnellement devait en connaître toutes les manifestations, — de la vie publique de l’Espagne dans la première moitié du XIXe siècle.

Mais où M. Canovas del Castillo se révèle tout entier, sous les multiples aspects de son talent, c’est sans doute dans les trois volumes de ses Problèmes contemporains, qui, bien qu’à de certains égards ils s’en distinguent, à d’autres égards pourtant rappellent les Essais de Macaulay. Pour décider d’un trait de plume qu’il n’a été que de son pays, et qu’il n’a pas toujours été de son temps, il faut ne les avoir jamais feuilletés, car ils prouvent jusqu’à l’évidence que toujours il fut de son temps et que, s’il fut avant tout de son pays, il fut un peu de tous les pays.

Rien ne s’imprime en France, en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, qu’il ne le sache, ne le lise et ne l’annote. Rien ne se pense, ne s’écrit, ne se dit ou ne se fait, qui ne l’intéresse. Qu’on prenne ses discours de l’Ateneo ; dans l’un il traite des transformations de l’Europe en 1870, de la question de Rome, de la guerre franco-prussienne et de la suprématie de l’Allemagne ; dans l’autre, du pessimisme et de l’optimisme par rapport aux problèmes actuels, du concept et de l’importance de la théodicée populaire, de l’Etat en lui-même et dans ses relations avec les droits individuels et corporatifs, des formes politiques, monarchie et démocratie ; ailleurs, du problème religieux, du problème moral,