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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/11

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LE DÉSASTRE


PREMIERE PARTIE


I

Le café, les liqueurs, venaient d’être servis par les maîtres d’hôtel et les chefs d’office. Les grands laquais à la livrée verte refermaient les portes de la salle à manger. Et du salon des Vernet, où Leurs Majestés s’étaient arrêtées, jusqu’au salon Rouge, les convives, par petits groupes, se dispersèrent dans les quatre hautes pièces.

Ouvertes sur le jardin de l’Empereur, les fenêtres laissaient pénétrer, avec l’odeur des parterres, le souffle tiède de la nuit. La flamme des lustres et des girandoles brûlait droite, mirée à l’infini dans les glaces profondes, les parquets luisans. Et sous les plafonds dorés, peints de mythologies triomphales, entre les murs étincelans de lumières, c’était un mouvement d’uniformes chamarrés, bleus, rouges, verts, d’habits noirs étoiles de croix et de plaques, de robes claires et d’épaules nues.

Cette rumeur d’agitation et de fête étourdit Pierre Du Breuil.

Il sourit avec politesse aux derniers mots de {{Mmeøø de Vernelay, s’inclina sans répondre. Justement un gros homme survenait : teint de brique, favoris blancs, l’air tout miel démenti par des yeux de proie. C’était un des chambellans honoraires de l’Empereur. Vieille créature de Charles X, serviteur zélé de Louis-Philippe, il avait réussi, comme couronnement de carrière, à se faire attacher, in partibus, à la maison civile, lors de son organisation. Il ne se consolait pas d’être maintenant une chose inutile, oubliée.