Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/107

Cette page n’a pas encore été corrigée


« Je ne reste pas riche, lui dit-elle ; mais j’aurai ce qu’il faut pour vivre honnêtement… Mon voisin, serait-il vrai que vous êtes en peine de ce que deviendra Mlle Le Vasseur, si vous lui manquiez ? Avez-vous écrit cela à un curé près de Lyon ? Vous offenseriez vos amis. Lorsque ce propos m’est parvenu, je trouvais sur ma pension de quoi me rassurer sur son avenir, et j’avais commencé à vous écrire sur cela ; quinze jours ne m’ont pas fourni un moment pour achever ma lettre. Aujourd’hui qu’un honnête revenu me donne un chez-moi, elle peut le regarder comme chez elle. S’il y avait un lieu où elle aimât mieux vivre, mon voisin, j’exige qu’elle me dise ce qu’il lui faut pour la mettre à son aise ; je serais blessée qu’elle et vous ne me donnassiez pas cette marque d’amitié et de confiance. »

Voilà une offre de service, faite assez sérieusement pour être prise en considération. Elle implique, cela est clair, de la part de Mme de Verdelin, quelque estime pour le fond du caractère de Thérèse ; laquelle, avec les défauts que peut avoir une fille du peuple, en avait aussi les qualités solides, celles qui sont bonnes à l’user, et notamment la première de toutes, la fidélité. Pendant trente-trois ans, Thérèse a soigné Rousseau nuit et jour. Or de l’aveu de tout le monde, le philosophe de Genève n’était pas un homme facile à vivre, toujours accort et avenant. « Les travaux de l’esprit, dit Bernardin de Saint-Pierre, mettent un homme dans la disposition d’un voyageur fatigué. Rousseau, lorsqu’il composait ses ouvrages, était des semaines entières sans parler à sa femme. »

Avant que Rousseau eût consenti à considérer Thérèse comme sa femme, et à la présenter comme telle, ce qui eut lieu dans l’été de 1768, elle était simplement sa bonne pour tout faire. Or elle s’acquittait à merveille de son double emploi de femme de chambre et de cuisinière : nous avons des certificats qui l’établissent.

Comme femme de chambre, voici le témoignage que rend Bernardin de Saint-Pierre, en racontant sa première visite à Rousseau : « Il y avait dans l’ensemble de son petit ménage un air de propreté, de paix et de simplicité, qui faisait plaisir. » Rappelons-nous ce que Fénelon écrivait à son neveu : « Un cuisinier habile, fidèle et réglé, est un trésor qu’on ne retrouve point. » Eh bien ! c’est ce trésor que Rousseau avait trouvé, si nous en croyons les attestations de d’Escherny : « Il doit m’être permis