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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/81

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que si leurs vêtemens portaient la trace du contact de la corde rouge, ils seraient punis d’une amende.

En même temps, les boutiques étaient fermées, les étalages enlevés, les entretiens rompus, les groupes dispersés, et quand la place était enfin vide, des barrages étaient dressés aux issues qui y donnaient accès, afin que nul n’y pût revenir. Le soleil était déjà haut, quand le peuple souverain, bousculé par ses sbires, faisait tumultueusement irruption dans l’enceinte à ciel ouvert où il allait recevoir les ambassadeurs étrangers, contracter de nouvelles alliances, casser ou proroger les principaux magistrats, prendre, en un mot, les plus graves résolutions politiques.

La séance proprement dite était précédée de l’accomplissement de certains rites. Dans une société où la religion était affaire d’Etat et où rien d’officiel ne se faisait sans son concours, il était naturel qu’une assemblée du peuple, c’est-à-dire un des actes les plus solennels de la vie publique, fût placée sous la protection des dieux. Dès l’aurore, probablement, le lieu de la réunion — le monticule connu sous le nom de Pnyx — avait été purifié par le sacrifice de jeunes porcs dont le sang, répandu sur une piste circulaire, avait servi à marquer la limite que devaient seuls franchir ceux auxquels leur âge et leur qualité de citoyen donnaient le droit d’assister à la délibération. Puis, quand la foule avait pris place, qu’elle avait occupé les bancs qui lui étaient destinés, qu’au brouhaha de son arrivée avait succédé un silence relatif, le héraut du peuple, — une manière de personnage, — après avoir brûlé de l’encens, récitait à haute voix une formule dans laquelle il invitait les citoyens présens à adresser leurs vœux aux divinités de l’Olympe, à celles qu’on adorait à Delphes et à Délos, où il appelait ensuite les malédictions du ciel sur ceux qui proposeraient de faire la paix avec les Perses ou qui favoriseraient le retour de la tyrannie, qui révéleraient à l’ennemi les secrets d’Etat, qui, revenant d’ambassade, abuseraient le peuple par de faux rapports, qui tromperaient les tribunaux, qui feraient ou qui recevraient des présens dans le dessein de nuire à la République, qui porteraient atteinte aux lois existantes. Il donnait alors lecture de l’un des projets de résolution rédigés par le conseil des Cinq-Cents, cette assemblée permanente, renouvelable chaque année par voie d’élection, qui, entre autres attributions, était chargée de préparer les décrets qu’un certain nombre de