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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/70

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autour de moi, je le sais, les lettres du cardinal Jacobini au nonce de Munich. Mais je n’ai pu agir autrement. On m’a demandé d’intervenir dans le débat pour le septennat, en me disant qu’il y avait là une question intéressant le maintien de la paix. Comment aurais-je pu me dérober ?… S’il doit arriver à l’Eglise en Allemagne de nouveaux malheurs, ce sera par la faute du Centre qui n’a pas su comprendre ma pensée. »

En réalité, ce n’étaient pas seulement les députés du Centre, mais aussi plusieurs membres du Sacré-Collège qui critiquaient la hardiesse du Saint-Père à assumer au profit du prince de Bismarck les plus graves responsabilités vis-à-vis des catholiques d’Allemagne. On craignait aussi que les défenseurs des intérêts de l’Eglise en France se sentissent blessés par les prédilections si marquées du Souverain Pontife pour le chancelier de l’Empire. Aussi apprécia-t-on la réserve prudente que le gouvernement de la République et la presse française montrèrent durant la crise si grave qui tenait l’Europe en suspens. C’était à l’heure même où se produisait à la frontière d’Alsace-Lorraine cet incident Schnæbelé qui faillit prendre un instant une si tragique gravité. D’ailleurs, certains journaux du Vatican étaient absolument dans l’erreur en laissant entendre, pour encourager Léon XIII à prendre un rôle à côté du prince de Bismarck dans le règlement des questions internationales qui pouvaient se poser d’une heure à l’autre, que le Pape pourrait, le cas échéant, devenir un médiateur accepté d’avance par la France et l’Allemagne. Le Pape, pas plus que le gouvernement de la République, ne songea jamais à des combinaisons de cette nature. Et notre réserve, lors des polémiques provoquées par les notes au nonce de Munich, n’eut jamais le caractère d’un témoignage de gratitude de la France pour le chef suprême de l’Eglise, patronnant le septennat militaire afin d’empêcher la guerre. Les catholiques de France n’avaient pas pour intervenir les mêmes motifs que les curés d’Alsace-Lorraine, de la Westphalie et des provinces rhénanes.

Sur ces entrefaites, le prince de Bismarck, qui faisait grand état de la faveur dont il était l’objet de la part du Souverain Pontife, affectait de se montrer dans toutes les réunions de la cour de Prusse avec l’ordre du Christ. On fit savoir confidentiellement à Léon XIII qu’au moment où les Chambres prussiennes allaient être saisies d’une nouvelle loi religieuse destinée à réaliser certains désirs du Saint-Siège, il pourrait être avantageux que le