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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/59

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Berlin, de Francfort, de Cologne, de Vienne, faisaient volontiers ressortir la haute courtoisie dont étaient maintenant empreints les rapports de la cour de Berlin avec Léon XIII, en dépit des difficultés qui avaient empêché jusqu’alors et pouvaient empêcher longtemps encore l’apaisement du conflit né des lois de Mai. Comment les témoignages de déférence prodigués ainsi au Saint-Père n’auraient-ils pas produit un très grand effet au Vatican ? Un journal dévoué à la Secrétairerie d’Etat publiait sous ce titre : « Les Papes médiateurs » une sorte de thèse historique dans laquelle étaient invoqués surtout les témoignages d’écrivains protestans tels que Robertson, Schlegel, Coquerel, Ancillon, Muller, Gibbon, Munzer.

Cependant la satisfaction qu’on affectait d’éprouver à Berlin fut un instant troublée, lorsqu’on y apprit que, tout en se réservant le soin d’examiner avec le seul secrétaire d’Etat les questions dont il avait été saisi par l’Allemagne et l’Espagne, le Pape, avant de se décider à accepter la médiation, avait consulté quelques membres du Sacré-Collège et parmi eux le cardinal Ledochowski. Le prince de Bismarck trouva fort étrange que le Saint-Père eût cru pouvoir recourir aux lumières de l’archevêque déposé de Posen, dans une circonstance qui n’intéressait à aucun degré son ancien diocèse. Du reste, la médiation du Pape eut tout le succès qu’on désirait, à Madrid comme à Berlin, et, dès le milieu de décembre 1885, M. de Schlœzer pouvait signer, avec l’ambassadeur d’Espagne, le marquis de Molins, et le cardinal secrétaire d’Etat, le protocole dans lequel était consigné l’arrangement intervenu, sous les auspices du chef suprême de l’Eglise, entre le gouvernement d’Alphonse XII et l’Empire allemand. Le prince de Bismarck avait suggéré un mode de procéder d’après lequel l’Allemagne et l’Espagne auraient déclaré accepter l’avis exprimé par le Pape. De cette façon, Sa Sainteté aurait eu, disait la diplomatie prussienne, le dernier mot dans cette affaire et aurait vu les cabinets de Madrid et de Berlin s’incliner purement et simplement devant ses décisions. Le Pape, cependant, objecta que, ne se croyant pas suffisamment initié à tous les détails complexes de la combinaison qu’il s’agissait de faire prévaloir, détails qui se rapportaient en partie à des questions de commerce et de navigation que le Vatican n’avait pas qualité pour apprécier, il lui semblait préférable que les deux puissances s’entendissent entre elles sur ces divers points, en prenant son avis pour base de leurs arrangemens