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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/437

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rivaux ; mais aujourd’hui déjà elle est moins jeune, et les hommes qui ont fait sa fortune ont laissé la place à leurs fils.

Roubaix pourrait se plaindre, avec nos campagnes, du ministère de l’agriculture. Nos laines sont négligées. Le troupeau français diminue, l’élevage du mouton ne convenant guère à un pays de propriété divisée, mais cependant il est encore considérable ; il mérite donc quelques soins. Or, nous sommes si arriérés qu’on a pu dire à cet égard : « Les toisons d’Australie sont civilisées, les toisons françaises sont barbares. » Le gouvernement, pressé par les intéressés, a bien nommé une commission pour étudier la question, mais cette commission, comme tant d’autres, s’est réunie une fois, deux fois, puis a disparu sans laisser de traces.

Roubaix se plaint aussi et par-dessus tout en ce moment du socialisme et de la concurrence allemande. Il est facile de disserter sur le socialisme quand on n’est pas ouvrier ou quand on n’emploie pas d’ouvriers, je le reconnais ; il faut ajouter qu’à Roubaix la proximité de la frontière jette dans la population des élémens de trouble incontestables ; mais, en général, plus je vois la France de près, plus il me semble que la colère et l’impatience sont particulièrement en cette matière d’un mauvais conseil. Le socialisme n’est qu’une expression de mécontentement ; on ne combat pas le mécontentement, on l’atténue ; si on le combat on le refoule, on l’accumule, et on l’exaspère. Les socialistes s’appuient sur un fait, la concurrence inégale de la machine qu’ils voient et de l’ouvrier exotique qu’ils ne voient pas. Leur programme n’est pas une politique, c’est une plainte, une protestation contre les conditions nouvelles du combat pour la vie. Les ouvriers se plaignent comme ils peuvent ; ils s’adresseraient peut-être moins aux politiciens si on les écoutait davantage. Les contredire, ou ne rien dire, ce n’est pas assez ; il faut chercher avec une patience infinie à les raisonner. Il en est de leurs mécontentemens comme de la concurrence qui les engendre pour une large part ; on ne peut y répondre par des mesures trop absolues sans s’exposer soit à des déceptions, soit à des représailles. Un patron vraiment intelligent et humain, vivant en contact personnel avec ses ouvriers et leur donnant l’exemple, n’a pas grand’chose à craindre en France du socialisme.

Quant à la concurrence allemande elle est intense, parce qu’elle est supérieurement dirigée ; la laine en souffre comme les produits chimiques, le coton, la soie, l’article de Paris, la