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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/433

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n’est mieux naturellement placée que nous pour développer sa marine : nos côtes s’étendent sur trois mers et regardent l’Occident, l’Afrique, l’Orient, l’Extrême-Orient ; nos fleuves, nos rivières, semblent avoir été tracés par la main d’une fée bienfaisante pour mettre en circulation nos richesses, établir un courant d’échanges entre le cœur de la France et son littoral ; il ne tenait qu’à nous d’être, de demeurer l’entrée de l’Europe ; nous avons laissé ce privilège passer aux mains de nos rivaux, Gênes, Anvers, Rotterdam, Hambourg ; et nous montrerons plus tard que, par l’insuffisance de nos communications, la France, au lieu d’être une porte, un passage, un jardin, tend à devenir une enclave ; le commerce du monde rebuté l’évite, en fait le tour. Nos ports sont presque vides, à l’exception d’un petit nombre, notamment Dunkerque, bien en relation avec l’intérieur. Voyez le Havre, Bordeaux, Marseille, Nantes, Calais, la Palice. Le Havre fait peine ; la vie s’y ralentit visiblement. Les ouvriers par milliers chôment plusieurs jours par semaine, et leur misère devient poignante ; il faut être aveugle pour ne pas voir, là comme ailleurs, quelle redoutable crise de chômage se prépare ! Les armateurs découragés se retirent et il devient difficile même de constituer le tribunal de commerce ; c’est à Cherbourg que vient s’organiser la concurrence des transatlantiques allemands… Bordeaux s’ensable ; à la Palice pas un bateau. Nantes se relève bravement, mais avec quelle impatience ne voit-elle pas couler le long de ses quais la Loire inutilisée, délaissée, devenue même innavigable sur presque tout son parcours ? Quant à Marseille, elle est obligée, elle aussi, de prendre son parti d’une situation vraiment inouïe : à défaut des nombreuses compagnies de chemins de fer rivales qui devraient la relier au centre de la France, comme Londres est relié à l’Ecosse (Marseille ayant autrement besoin de communications que l’Ecosse puisqu’elle est la porte naturelle d’une partie de l’Europe septentrionale sur la Méditerranée), à défaut du Rhône dont on n’a pas même rattaché l’embouchure à notre grand port et qui ne l’alimente pas plus que la Loire n’amène de bateaux de Nevers à Nantes ; à défaut enfin de nos communications maritimes qui disparaissent tuées par l’excès des taxes, des formalités et des monopoles, Marseille s’est transformée en une cité industrielle. Qu’elle ait été réduite à cette extrémité, cela est certes pitoyable, mais d’autant plus digne d’intérêt. Cependant l’industrie même de Marseille est déjà atteinte, faute de transports : d’un côté le