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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/422

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richesses, ils brûlent de les développer ; leurs efforts sont à la hauteur de leurs ressources, et aux trois facteurs associés pour bouleverser le monde : le sol, la force, les transports, il faut ajouter l’énergie, qui les met en œuvre, le désir ardent, juvénile de nous supplanter, d’approvisionner l’Europe, au lieu de s’approvisionner en Europe. Tous nos concurrens ne sont pas arrivés au même niveau, mais les retardataires doublent les étapes et bénéficient des écoles de leurs devanciers. Beaucoup d’entre eux, renversant les rôles, nous fournissent déjà des modèles. Leur développement a passé par plusieurs phases. Grâce à la variété de leur climat, ils cumulent la vente des produits naturels exotiques et européens, menant ainsi de front deux sortes de récoltes. En Amérique il y a pléthore à la fois de coton, de céréales, de bétail et de cale. La République Argentine est menacée d’un krach des sucres et produit en même temps plus de blé qu’elle n’en consomme ; il lui coûte 6 francs le quintal, elle l’exporte, et fait baisser le nôtre, celui des Indes, de la Russie.

Mais nos concurrens ne s’en sont pas tenus au commerce des produits simples ; ils ont vite fait un pas de plus et se sont mis à vendre jusqu’à nos produits agricoles les plus fins, le vin, les fruits, la soie, etc., puis un pas encore et ils sont arrivés aux petits produits de l’agriculture : œufs, beurre, volailles, gibier, légumes, pigeons, lapins, miel, marrons, tourteaux, fromages, etc. L’Herzégovine, qui déjà exportait, au détriment de Tours et d’Agen, deux à trois mille wagons de prunes par an, est battue en brèche par la Californie. Les Etats-Unis récoltent annuellement 60 millions de barils de pommes. Nos paysans du centre se plaignent de ne plus vendre leur beurre ; ils accusent la margarine et le Danemark : ils ne voient pas en outre leur grand marché de Londres envahi par l’Australie, dont les exportations augmentent par bonds de 1 million à 25 millions de livres en quelques années (pour la seule colonie de Victoria), et avec l’Australie, la République Argentine, l’Amérique du Nord. Le Canada a déployé une telle activité que ses exportations de fromages, récemment encore à peu près nulles, sont aujourd’hui de 146 millions de livres, pour ne citer qu’un chiffre, soit 51 à 55 pour 100 de la consommation anglaise tout entière. Le gouvernement mexicain distribue gratuitement, par centaines de mille, les sarmens aux agriculteurs qui veulent les planter. Ses campagnes se couvrent d’orangers, de citronniers, de plantations européennes ;