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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/419

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n’ont pu soutenir la nôtre auparavant. La concurrence n’est possible entre les nations que si elles luttent à armes égales. Le dernier mot sur tous les marchés appartiendra toujours au vendeur qui a le moins de frais généraux, et nous succombons sous les nôtres. Nous ne pouvons pas à la fois porter des poids et soutenir une course de vitesse. C’est pourtant l’effort chimérique où nous nous acharnons aveuglément. Et c’est pourquoi nos consommateurs ne doivent pas se réjouir de l’avilissement des prix aussi longtemps que nos frais généraux n’auront pas baissé dans la même proportion. Avec quoi en effet achèterons-nous ces produits avilis si nous ne vendons pas les nôtres, si notre travail, nos capitaux, notre intelligence ne trouvent pas à s’utiliser ; si toute une partie de notre population se croise les bras ou végète : par quelle dérision vanterez-vous à des ouvriers sans emploi le bon marché du pain ?

Les patrons, dit-on souvent, d’un autre côté, ont fait de trop gros bénéfices ; eux seuls doivent être atteints par la concurrence ; ils se résigneront à gagner moins, voilà tout ! et l’on cite beaucoup de fortunes gigantesques édifiées en quelques années. Cela est vrai, mais la période des vaches grasses est passée et celle des vaches maigres commence. Beaucoup d’industries prospères ont changé de mains, se sont disséminées et par conséquent affaiblies ; les patrons enrichis se sont retirés et leurs successeurs ont hérité de leurs charges, mais non pas toujours de leur fortune. La concurrence s’attaque ainsi à des générations nouvelles d’adversaires qui ne peuvent pas, comme on serait tenté de s’y attendre, prélever leurs moyens de résistance sur les bénéfices de leurs devanciers.

On dit encore : Ce sont les intermédiaires qui gagnent trop ; et cela aussi a été vrai. L’intermédiaire, que l’on confond trop facilement avec le spéculateur, est souvent inutile en effet et coûteux ; son rôle doit être limité, mais il restera considérable. Combien d’industries voient-elles dépendre leur succès de l’habileté des représentai, des intermédiaires qu’elles emploient ? L’intermédiaire ne s’enrichit pas toujours ; il court des risques nombreux ; et lui aussi se trouve aux prises avec une concurrence de plus en plus ardue. Prenons un exemple frappant, le boucher : on s’étonne que le prix du bétail baisse et que la viande soit plus chère que jamais ; les bouchers gagnent-ils donc trop ? Ils répondent que la concurrence intérieure les tient en bride et leur impose des