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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/409

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pullulent. Plus loin, il y a une source où les lions viennent boire. On les voit quelquefois, mais ils n’attaquent point. Auprès, les gazelles vivent en troupes toujours fuyantes. Il n’y a que des points perdus dans l’immensité. Des caravanes passent. Un soir on aperçoit un camp de nomades : le lendemain il a disparu. Les tribus sont souvent en guerre les unes avec les autres. On apprend qu’une razzia vient d’être faite ; on a enlevé cent chameaux avec leur charge, plusieurs hommes ont été tués. Ailleurs un cavalier a été trouvé mort de soif. Les nouvelles et les bruits se répandent : il y a les on-dit du désert. Sur le sol tout s’efface, mais partout la parole humaine vole.

Assis au liane de la d’une dans l’ombre violette et rose, le voyageur étend son regard sur la plaine et sur le ciel également sans fin. Le vent règne sur la mer de sable et agite comme l’eau cet élément mobile. Il le plisse, il le roule et le soulève. Il lui donne des formes : ce sont des cônes ou des tours rondes qu’il construit avec une admirable perfection. Rien n’égale le fini de ces figures matérielles, œuvres d’une force invisible ; rien ne dépasse en rigueur leur mystérieuse géométrie.

Cependant à la surface de la terre, l’air ondule et tremble. Vers midi, à peine peut-on supporter le rayonnement de la lumière et de la chaleur. Les souvenirs reviennent comme un mirage et la mélancolie des choses mortes saisit l’âme. Palmyre est là baignant dans une atmosphère de fournaise. A cette heure, les ruines flambent comme étendues sur un bûcher ardent et le soleil qui les embrase semble faire, chaque jour, à la ville de Zénobie d’éclatantes funérailles.


VII

Après neuf mois d’absence dont cinq et demi ont été consacrés ù Palmyre, M. Bortone est revenu à Rome. Je m’attendais à lui trouver un peu d’exaltation ; je constatai qu’il était singulièrement calme et apaisé. J’avais beaucoup redouté pour lui les hasards du retour. Les gens au milieu desquels il vivait avaient remarqué qu’il attachait une grande importance à ses papiers ; une tentative avait été faite pour les lui soustraire. En même temps on pensait bien qu’il avait de l’argent et il pouvait se faire qu’il fût arrêté par les Arabes du désert avant d’arriver à Damas. Heureusement il n’en fut rien. Cependant son escorte l’avait abandonné