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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/340

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généralement acceptée, au moins en Espagne, car il se peut qu’aux Philippines on en souhaite une autre. Elle implique une résistance absolue aux idées qui se sont récemment fait jour et forment comme le résumé des revendications actuelles, aux idées modernes et occidentales, d’autonomie, de suffrage et de représentation dans le parlement de la métropole. Elle implique même un retour en arrière et, bien que le mot sonne mal, une « réaction » par rapport aux aventureux et malencontreux essais des dernières années, dont l’effet s’est montré si radicalement contraire à ce qu’on avait espéré. Toute la question est une question de mesure : reculer jusqu’où en est ce peuple, et non pas plus loin. Ce qu’il y a à faire, on le voit, eu somme, assez clairement, c’est de le faire qui n’est pas aisé.

Et le cas se complique de ce que beaucoup voudraient que ce gouvernement d’un autre temps fût, par surcroît, de notre temps, devant être, disent-ils, civil et laïque. Civil : mais l’épreuve dont la domination espagnole sort à peine condamne l’archipel pour longtemps encore au régime militaire ; ce n’est pas au lendemain d’une insurrection, et quand on ne sait pas si les feux en sont tout à fait éteints, qu’on rase les remparts et qu’on retire les sentinelles. Laïque : mais on a vu quelle est la singulière situation religieuse et politique des Philippines, situation unique au monde, et qui oppose l’une à l’autre ces deux seules forces : les ordres et la franc-maçonnerie ; en dehors d’elles, en face d’elles, rien que l’administration ; et tantôt l’une, tantôt l’autre, ce sont elles qui la font mouvoir. Si les loges maçonniques ont eu dans la préparation de la révolte le rôle qu’on a indiqué, si elles ont été, — il ne s’agit point des intentions, mais des résultats, — de véritables foyers de haine contre l’Espagne, à leur égard la conduite du gouvernement espagnol est toute tracée : il n’a pas à les ménager. Mais ce n’est que la moitié de la besogne : elles lui ont aliéné l’Indien, il lui faut le reconquérir, et voici le cercle vicieux où il va tourner.

C’est en l’excitant contre les moines, en lui faisant croire que l’Espagne, c’étaient les moines et que les moines, c’était l’Espagne ; en les lui donnant, eux et elle, comme une seule et même chose, qu’on a détaché l’Indien non seulement des moines, mais de l’Espagne. Et à présent, pour le reprendre, pour opérer cette