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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/333

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ne point donner à l’ennemi l’occasion de profiter d’une faute, de ne point jeter au grand incendie cet aliment, la flamme d’une victoire ? Mais immobile, le général Blanco n’était pas inactif ; et, dans la défensive prudente où il se renfermait, il préparait l’offensive prochaine. Il n’eut le temps que d’en esquisser Je premier geste, car la clameur de ses adversaires s’élevait trop haut ; et, en lui envoyant le général Polavieja comme lieutenant, il était manifeste que le gouvernement lui envoyait un successeur. Ainsi le comprit le maréchal, qui remit ses pouvoirs et s’embarqua aussitôt pour l’Espagne.

Polavieja était le héros de la Guerra chiquita, de la petite guerre, dernière convulsion de la révolte où, dix années durant, de 1868 à 1878 et même douze années, jusqu’après le pacte du Zanjón, jusqu’en 1880, avait été en jeu, par instans peut-être en péril, la souveraineté espagnole sur Cuba. Connu pour procéder à la manière forte, il emportait aux Philippines les espérances des patriotes impatiens, à qui la lenteur obligée de Blanco avait donné l’envie d’emprunter le mot fameux appliqué ailleurs à une autre expédition et qui pensaient mourir de cette « phtisie militaire » dont tout, dans l’Archipel, semblait languir. En possession de moyens que le maréchal n’avait pas, — il n’est que juste de le remarquer, — Polavieja ne laissa décevoir aucune de ces espérances : quoique malade, cloué sous sa tente par la fièvre, à demi aveugle, il agit, ne fût-ce qu’en commandant énergiquement l’action ; et secondé à merveille par un doses divisionnaires, le général Lachambre, il eut vite fait de chasser les insurgés d’Imus, de Cavité Viejo et d’en purger les environs de Manille, les provinces qui sont comme le cœur de Luzón et le centre de toute la colonie.

Mais il ne lui fut pas permis d’aller au-delà, et à son tour, il eut un successeur en la personne du capitaine général de Madrid, D. Fernando Primo de Rivera, marquis de Estella, pour qui non plus les Philippines n’étaient pas un pays nouveau, puisqu’il en avait été précédemment le gouverneur. Primo de Rivera ne pouvait que poursuivre ce que Polavieja avait si bien commencé ; il s’y est attaché avec décision et avec bonheur : de tous côtés l’insurrection recule, les rebelles sont battus ou se présentent à merci. Dès à présent, si l’on ne touche pas encore à la complète tranquillité, l’issue de la campagne n’est plus douteuse, à supposer qu’elle l’ait jamais été ; l’Espagne, vers l’Orient, n’a plus