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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/271

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V

C’était le temps où les négociations semblaient aboutir à Rastadt. Le vote de la députation, du 9 mars, consentant, en principe, la cession de la rive gauche du Rhin à la France, fut suivi, le 4 avril, d’un vote décidant, en principe, les indemnités des princes possessionnés sur la rive gauche au moyen de la sécularisation de territoires ecclésiastiques situés sur la rive droite. L’empereur n’avait point ratifié la cession ; le commissaire impérial se contenta de transmettre le vote aux Français. Quant au vote sur les sécularisations, il ne fut ni ratifié ni transmis. Ce vote sur les indemnités était l’acte essentiel pour les représentans des petits Etats, l’article des recettes, qui avait emporté tout le reste. Les diplomates étaient fort impatiens de « réaliser », s’irritaient des retards de la chancellerie impériale qui, sûre de ses indemnités, ne se pressait point de faciliter celles d’autrui. Mais les événemens de Rome et ceux de Suisse refroidirent le zèle des Allemands, et leur donnèrent à réfléchir : les événemens de Suisse, surtout, à cause du voisinage.

La République française établie en Suisse, c’était la porte ouverte à la propagande révolutionnaire dans l’Allemagne du Sud. Cette propagande s’y faisait déjà sentir et ne laissait pas d’inquiéter en Bavière, en Wurtemberg, en Souabe surtout et en Franconie, dans la mosaïque des principautés, comtés, baronies, abbayes où l’établissement d’une république unitaire causerait la ruine générale de tout ce qui possédait châteaux et métairies. Pouvait-on compter sur les promesses d’un gouvernement aussi inconstant, et qui envahissait, humiliait de la sorte une république, la plus ancienne alliée de la France, dont la neutralité avait, de 1792 à 1795, si fort contribué au salut des Français ? Qui garantissait que la rive gauche cédée, les Français n’en profiteraient pas pour révolutionner la rive droite à leur profit, au lieu d’y opérer, pour le bénéfice des électeurs, grands-ducs et ducs allemands, des confiscations d’hommes et de terres ? La République d’ailleurs demeurerait-elle indéfiniment victorieuse et prépondérante ?

A l’intérieur, divisée, à l’extérieur, dispersée, elle menaçait de se noyer dans ses conquêtes. N’y aurait-il pas plus d’avantages, en un jour peut-être prochain, à lui résister qu’à la servir ? Si une coalition se formait, et l’on en parlait déjà, serait-il