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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/253

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Il voyageait en prince conquérant dans une berline à huit chevaux, avec des officiers et une escorte. C’est dans cet appareil qu’il arriva, le 25 novembre, au soir, à Rastadt, où l’on avait préparé pour lui les appartemens jadis occupés par le maréchal de Villars. Il trouva Treilhard et Bonnier fort agités de leur installation, de leur table, de leurs préséances. Il les jugea rogues, brouillons, estima qu’ils se querelleraient entre eux et tracasseraient inutilement avec les Allemands. Il n’avait rien à attendre de tels collègues, ni pour ses projets, ni pour les affaires de l’Etat. Quant aux Allemands, ils se rassemblaient lentement, se piquant de n’arriver que les uns après les autres, et chacun mettant sa gloriole de cour à faire attendre les autres.

L’empereur avait convoqué pour le 1er novembre la députation de l’Empire, désignée, en 1795, pour négocier la paix. Elle se composait de cinq catholiques : Mayence, Saxe, Autriche, Bavière, Wurtzbourg, et de cinq protestans : Hanovre, Hesse-Darmstadt, Bade, Augsbourg et Francfort. Mayence présidait. La députation ne devait négocier que par notes ; elle ne délibérait que sur des mémoires, ne votait que par écrit. Elle ne pouvait communiquer avec la légation française que par l’intermédiaire du commissaire impérial. Tout était disposé, de la sorte, pour multiplier les obstacles et raffiner sur les lenteurs. C’est que la cour de Vienne ne savait pas encore si elle céderait ou si elle recommencerait la lutte. Elle ne céderait que si elle y trouvait son avantage, et, dans ce cas même, elle entendait rejeter sur la députation, ou sur la Prusse, de préférence, l’odieux du démembrement de l’Empire. En attendant, comme l’abandon qu’elle avait consenti à Campo-Formio était éventuel et secret, elle ne laissa point d’inviter solennellement les princes et villes libres à se grouper autour de l’empereur « pour le bien de la patrie allemande », et pour la conclusion d’une paix honorable « sur la base de l’intégrité de l’Empire et de sa constitution. »

Pour l’Autriche comme pour le Directoire, Campo-Formio n’était qu’une trêve. L’Autriche entendait reprendre en sous-œuvre et remanier ce traité, mais elle l’entendait tout au contraire du Directoire. Elle ne se sentait pas vaincue ; elle demandait au congrès de lui donner le temps de nouer des alliances en Europe et de lui fournir des prétextes de rupture. Elle comptait que l’Empire l’aiderait à refuser la rive gauche du Rhin aux Français. Elle aurait ainsi l’honneur de sauver l’intégrité de