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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/219

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continua à faire pendant qu’on le haranguait. » Le baron de Pöllnitz : rapporte aussi qu’ayant rencontré à Berlin sa nièce, la duchesse de Mecklembourg, « il courut au-devant de la princesse, l’embrassa tendrement, la conduisit dans une chambre où, l’ayant couchée sur un canapé, sans fermer la porte et sans considération pour ceux qui étaient demeurés dans l’antichambre, ni même pour le duc de Mecklembourg, il agit de manière à faire juger que rien n’imposait à sa passion. » Dans une petite note, au bas d’une page, M. Waliszewski confesse que Pöllnitz est un témoin sujet à caution. A quoi bon le citer ?

On n’a jamais dit que ce bourru eût du goût et de la mesure, et parmi les quatorze métiers que, selon la légende, il se piquait de savoir, il en est plus d’un que dans son intérêt comme dans celui des patiens, il eût mieux fait de ne jamais pratiquer. Il est permis de penser qu’il fut toujours très novice dans l’art chirurgical, que son bistouri était la plus menaçante de ses armes de guerre, qu’il n’a rien ajouté à sa gloire en enlevant vingt litres d’eau à une femme hydropique, qui en mourut quelques jours après. On peut admettre aussi qu’il avait tort de se croire le plus habile des dentistes. On assure que le musée des Arts, à Saint-Pétersbourg, conserve un sac plein de dents arrachées par lui. Les intrigans, qui voulaient lui faire leur cour, étaient sûrs de gagner ses bonnes grâces en réclamant ses services pour l’extraction d’une molaire. Quelqu’un a raconté, et cette fois le médisant n’est pas Pöllnitz, son étrange intervention dans les affaires de famille et d’alcôve de son valet de chambre. Ce pauvre diable s’étant plaint à lui de sa femme, qui, sous prétexte d’une dent malade, se refusait depuis longtemps au devoir conjugal, il fit venir la rebelle ; en dépit de ses larmes et de ses cris, il l’opéra séance tenante, et l’avertit que les deux mâchoires y passeraient en cas de récidive. « Il est juste pourtant de rappeler, dit M. Waliszewski, que Moscou lui dut, en 1706, son premier hôpital militaire, auquel se sont ajoutés successivement une école de chirurgie, un cabinet d’anatomie et un jardin botanique, où il planta-lui-même un certain nombre d’essences. » La même année, des pharmacies sont établies par ses soins à Pétersbourg, Kasan, Glouhof, Riga et Revel ; c’est ainsi que son génie rachetait ses ridicules.

Gros mangeur, gros buveur, ami des festins gargantuesques, quoiqu’il portât le vin comme personne, on le vit souvent en état d’ivresse : « Comment je vous ai quitté, je ne saurais le dire, écrivait-il en 1703 à Féodor Apraxine. J’étais trop comblé par les présens de Bacchus. Aussi je vous demande à tous de me pardonner si j’ai pu faire de la peine à quelques-uns d’entre vous et d’oublier ce qui s’est passé. »