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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/195

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encore la charmante restitution de Mme Vigée-Lebrun, faite avec un esprit fragonardesque par M. Saulo, la Psyché, grave et mystérieuse, presque hiératique, de Mme Berteaux, le Potier de M. Hugues dont nous avons déjà loué le modèle et plusieurs excellens bustes de MM. Falguière, Puech, Malric, Mengue, Carlès, de Mme Sarah Bernhardt, de Mlle Ytasse, etc., nous pensons avoir signalé, sans omissions trop scandaleuses, les meilleures des œuvres qui auront encore honoré les derniers jours du palais des Champs-Elysées.

Moins nombreux au Champ-de-Mars, les sculpteurs n’y font pas moins bonne figure. Nous ne parlerons que pour mémoire du groupe en plâtre, Victor Hugo, par M. Rodin, autour duquel on a mené grand bruit. Cet ouvrage, en l’état actuel, n’est qu’une maquette disloquée et incohérente sur laquelle il serait prématuré de porter un jugement. Le catalogue veut bien nous prévenir que, dans cette colossale ébauche, il y a un bras de femme incomplet ; c’est un catalogue optimiste. Oh ! s’il n’y avait qu’un bras d’incomplet ! Tel autre bras, il est vrai, est d’une longueur démesurée ; mais cela fait-il compensation ? En réalité, une seule figure, celle du poète, nu, assis, au bord de la mer, accoudé sur un rocher, de son bras tendu écartant quelque obsession, est assez poussée pour qu’on puisse y reconnaître, dans le pétrissage sommaire, mais vigoureux, passionné, expressif des formes, les qualités puissantes que M. Rodin a déjà fait applaudir en quelques morceaux isolés. Quant aux deux figures de femmes, dont l’une, accroupie sur le sommet du rocher, au-dessus de la tête du poète, rampe et s’allonge vers lui pour lui parler, et dont l’autre, en une attitude de captive, se désespère derrière lui, ce sont, pour le moment, des larves si informes, avec des têtes si vaguement attachées, de telles disproportions dans les longueurs et les épaisseurs des membres, qu’on a peine à concevoir comment un artiste si fort en vue s’est décidé à faire au public l’inutile confidence de tous ces pénibles tâtonnemens. De tous temps, les véritables artistes ont connu ces nobles angoisses de la gestation intellectuelle, mais jusqu’à présent les plus tiers génies s’étaient bien gardés de les révéler, sans y être forcés, avant l’œuvre accomplie, à la curiosité banale et malveillante de la foule. Quand M. Rodin aura défini, avec plus de précision et de correction, les deux figures allégoriques qui doivent compléter la signification du groupe et lorsqu’il les aura reliées à sa figure principale par une