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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/174

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d’Himis, pour la plus grande fête bouddhiste de l’année. Le thé nous attend en route au pont de l’Indus. On se presse pour arriver à Goulab-Bagh avant le coucher du soleil pour un jeu de polo indigène que l’aimable Commissioner a bien voulu commander pour moi. Goulab veut dire roses, jardin des roses, c’est un nom que l’on trouve souvent par toutes les Indes.

La population est réunie pour nous recevoir ; les femmes, dans leur beau manteau rouge, battent leurs bracelets blancs l’un contre l’autre en s’inclinant profondément à plusieurs reprises. Des tambours, des instrumens divers saluent notre arrivée. Ces messieurs ont de très beaux chevaux, mon pauvre tatou se pique d’émulation, et nous faisons une entrée de fantasia. On nous conduit tout de suite à une espèce de tribune au-dessus du champ de polo, et 25 à 30 cavaliers s’élancent dans la longue arène poussant deux boules. Les règles ne sont pas les mêmes que celles des Anglais qui leur ont emprunté leur jeu et l’ont civilisé. Les Ladaki ont une grande souplesse pour se baisser et atteindre la boule avec leurs maillets plus courts que ceux des Anglais, mais la course présente un désordre un peu confus. Plus tard, ils font une course de vitesse. On prétend qu’en posant une roupie d’argent sur le sablé, un cavalier pourra la ramasser son cheval lancé au galop. L’expérience ne réussit pas. Le capitaine Trenche veut que nous soyons ses hôtes pendant tout le voyage de Himis, et sa tente est parée de fleurs et de feuillage en mon honneur.

Le lendemain, notre caravane s’est encore augmentée autour des quatre Européens, et c’est en véritable fantasia, avec 50 cavaliers, selles tartares, harnais indigènes, turbans variés, que nous nous rendons au monastère d’Himis, situé dans le cadre naturel le plus fantastique. Des pèlerins à pied ou montés nous précèdent, des femmes accompagnées de leurs deux ou trois maris et de leurs enfans. Le premier mari garde son rang et fait porter les bagages par les autres. Le Commissioner veut que je sois constamment près de lui, dès que la route le permet, au désespoir du pauvre Wazir que cette langue française désole, et empêche d’étudier son nouveau joint. Il paraît que je suis la première femme venue à Himis, ce qui m’a beaucoup étonnée. Le supérieur du Gompa, le Shaghot, dans sa robe grenat et la draperie plus marquante, le chapeau de cardinal sur la tète, est à plusieurs milles, sur son petit tatou, au bord de l’Indus, au-devant de nous.