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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/167

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habituées à mener un nombreux ménage. Les vieilles me paraissent laides ; les jeunes sont agréables sans être jolies. Je me rappelle particulièrement à la porte du Gompa trois ou quatre jeunes têtes qui se glissaient furtivement, dès que cette porte s’ouvrait, pour l’unique plaisir de me contempler. Elles étaient vraiment charmantes de malice et de curiosité : une petite blonde, oiseau rare, peut-être importé d’Albion ou de Yarkand, était ravissante avec ses turquoises descendant sur le front ; puis encore, une petite fille, la robe rouge couverte d’une seconde robe bleue de Lassa, à dessins vagues de croissans emmêlés : une ceinture rouge retient la robe, et un bonnet fourré, les hauts revers levés, enserre la petite tête. Je témoigne du plaisir à la regarder, et un père de la communauté du ménage, rayonnant et fier comme s’il était unique, s’empresse de m’offrir un bouquet de ces jolies roses banks qui sentent si bon. Hommes et femmes, lamas même sont décorés de ces roses jaunes, et comme ces derniers sont rasés, ils attachent leur bouquet derrière l’oreille lorsque au temple ils quittent le bonnet.

J’arrive enfin près du Gompa : des marches, des couloirs sombres, des galeries à ciel ouvert dans des dédales ruinés ; je contourne de petits tchorten, mausolées haut perchés, entourés d’une galerie extérieure sans garde-fous, longeant des séries de moulins à prières que les lamas font tourner au passage. Les lamas, qui ne partagent pas les préjugés musulmans et brahmaniques, semblent m’attendre dans les cours qui précèdent le Gompa : rangés en cercle, ils me donnent le salam, et me font entrer avec eux dans le temple.

Au fond du Gompa très obscur sont sur deux rangs, l’un au-dessus de l’autre, des statues de Bouddhas et de Grands Lamas habillés de riches étoffes de soie. Devant eux sont par centaines de petits vases d’huile et de graines, des bouquets de fleurs et de grands doigts de ghi, beurre de buffle, dans lesquels on pique de longues allumettes en poussière de santal qui répandent un agréable parfum. Au-dessus des dieux, il y a des tentures de soie et partout des bannières, des caractères, et des figurations. J’ai doucement fait le tour du temple, tandis que les lamas s’assoyaient des à des en lignes allant aux dieux placés dans le fond : je suis arrivée à une espèce de banc unique qui a fait mon bonheur. Je suis seule dans le temple avec 150 lamas et trois hommes qui ne sont pas lamas.