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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/891

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extraordinaire devient nécessaire, il a des ressources cachées qui lui permettent d’y faire face. Une somme semblable devrait être déduite des bénéfices apparens du monopole des allumettes pour en faire éclater les résultats vrais aux yeux des contribuables. Le compte en matières et en deniers de l’exploitation pour 1893 (achat, fabrication et vente) fait ressortir un bénéfice de vingt millions, qui, pour les raisons que nous venons d’expliquer, ne peut être accepté que sous bénéfice d’inventaire. Fût-il exact, il n’en est pas moins cruellement acheté par la lourde charge imposée aux contribuables, par la déplorable qualité de la marchandise, par la suppression de l’exportation, par la mort d’une industrie libre.

Mais la disparition d’une industrie relativement peu importante ne nous donne qu’une faible idée de ce que serait celle du commerce et de l’industrie des spiritueux, que le monopole de l’alcool arriverait forcément à supprimer. Au bout de bien peu de temps, l’Etat s’apercevrait que ses bouteilles fiscales se remplissent d’autre alcool que celui qui aurait été acheté et rectifié par lui, et aussi qu’il s’en consomme dans d’autres récipiens que ceux qui ont acquitté le droit de quatre francs. Le ministre des finances déclarerait alors à la Chambre qu’il ne peut assurer la rentrée de l’impôt que si on lui donne, non seulement le monopole de la rectification et de la vente, mais celui de la fabrication. Se représente-t-on le rachat des fabriques et distilleries qui couvrent une partie du territoire et occupent directement ou indirectement des centaines de milliers de Français ? Imagine-t-on la suppression du commerce des spiritueux, qui joue un si grand rôle dans notre économie nationale, dont les traités de commerce et les législations douanières n’ont cessé de se préoccuper ?

Le monopole se présente au public sous deux aspects opposés, que toute l’éloquence de ses apôtres ne pourra parvenir à concilier. Il prétend maintenir le chiffre de la consommation actuelle et servir en même temps les intérêts de l’hygiène. Or toutes les rectifications du monde n’empêcheront pas l’alcool pris en quantité excessive de détruire plus ou moins rapidement l’organisme humain : il est donc certain que la consommation, en se maintenant, ne cessera pas d’avoir les mêmes effets. Si, au contraire, elle diminue, le budget en souffrira. Il ne faut donc pas, en l’occurrence, invoquer la santé publique, si on veut faire les affaires du Trésor. D’autre