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monopole de rectification et de vente ; nous essaierons ensuite de mettre en lumière l’erreur de leurs conceptions. Au mois d’août 1896, l’un de nos grands journaux a publié en quatre pages in-folio l’exposé complet du système ; la commission extra-parlementaire du monopole de l’alcool, instituée au ministère des finances par décret du 27 octobre 1896, s’en occupe. Nous en connaissons les grandes lignes et les détails :

Le monopole, nous affirme-t-on, n’augmenterait pas le prix des liqueurs bues par la masse des contribuables, permettrait de supprimer tous les droits sur les boissons hygiéniques et les octrois, maintiendrait la liberté de l’industrie et lui assurerait même une augmentation de bénéfices, protégerait les eaux-de-vie naturelles et les liqueurs fines contre les falsifications et contrefaçons, conserverait la liberté des cabaretiers, réglerait la question des bouilleurs de cru.

Il donne une garantie à la santé publique, puisqu’aucun alcool n’entrera dans la circulation sans avoir été analysé et reconnu pur. L’État paiera l’alcool aux producteurs beaucoup plus cher que les cours actuels, et cependant le prix de dix centimes le petit verre sera maintenu. Seules, les liqueurs fines acquitteront une surtaxe. Une foule d’impôts seront supprimés. Le paysan ne paiera plus que deux impôts volontaires : alcool et tabac.

Ces préliminaires posés, on nous rappelle avec éloquence les effrayans progrès du mal ; on nous explique la différence entre l’alcool éthylique qui s’évapore et disparaît de l’organisme, et l’alcool amylique qui y séjourne. D’ailleurs le commerce ne veut pas rectifier l’alcool, parce que le goût dépravé du consommateur réclame l’alcool dangereux. Il faut donc charger l’État de veiller sur la santé publique ; il faut que tous les esprits passent par ses usines de rectification ; il faut organiser le monopole. A cet effet, l’État achèterait aux industriels l’alcool dont il aurait besoin. La régie répartirait ses commandes entre tous les producteurs, proportionnellement à leur production constatée de l’année précédente. Une quotité déterminée des achats porterait sur les eaux-de-vie de vin ou de fruits, et une autre quotité serait attribuée aux distilleries agricoles.

Après avoir reçu les alcools, l’Etat les rectifierait dans deux ou trois usines ne devant pas coûter plus de trois millions chacune. C’est la seule dépense de mise en train du système, qui n’exige aucune expropriation. Une fois rectifié, l’alcool serait aromatisé avec des bouquets spéciaux, mais inoffensifs, puis mis dans des bouteilles fiscales qui seules pourront circuler. La fraude ne pourrait donc plus s’exercer que sur de faibles quantités à la fois.

L’État se servirait des négocians en gros actuels comme entreposeurs et les choisirait par voie d’adjudication au rabais pour chaque commune ou chaque groupe de communes. Les cabaretiers restent libres, peuvent tenir des liqueurs fines qu’ils vendent le prix qu’ils veulent, mais ils doivent aussi vendre les eaux-de-vie du monopole, à 10 centimes le petit verre, soit 4 francs le litre à 40 degrés. Ils reçoivent une remise de 20 pour 100, soit 80 centimes par litre.