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d’eau-de-vie consommée en France à un demi-million d’hectolitres.

Lors de la suppression des droits pendant la Révolution, suppression que ne put empêcher la protestation de Dupont de Nemours, les alcools suivirent le sort des autres boissons, jusqu’à ce qu’ils reçussent leur législation spéciale en 1824. L’alcoomètre centésimal, inventé par Gay-Lussac, permit désormais de reconnaître exactement la quantité d’alcool renfermée dans chaque livraison d’eau-de-vie, et d’imposer par suite les divers mélanges en proportion de leur teneur en alcool pur. Un droit uniforme fut substitué aux droits multiples de détail et de circulation ; une taxe de consommation frappa seule les spiritueux, soit qu’ils fussent vendus dans un débit, soit qu’ils fussent expédiés directement au consommateur. Nous rappelons que les liquides alcooliques, qui ne contiennent que 38 à 61 0/0 d’alcool pur, sont parfois désignés sous le nom d’eaux-de-vie, la qualification d’alcools ou esprits étant alors réservée à ceux qui contiennent plus de 61 0/0 d’alcool pur.

L’impôt sur les boissons était ainsi constitué : les vins et cidres supportaient les droits de circulation et d’entrée, la bière le droit de fabrication, les spiritueux, les droits de consommation et d’entrée ; les débitans, marchands en gros, fabricans, payaient une licence.

C’est ici le lieu de mentionner une catégorie spéciale de producteurs, connue sous le nom de bouilleurs de cru. On nomme ainsi les propriétaires ou fermiers qui distillent exclusivement les vins, cidres ou poirés, marcs et lies, cerises et prunes provenant de leur récolte. Ils sont exempts des déclarations d’appareils et de fabrication ; ils ne sont pas soumis aux exercices des employés de la régie ; et l’alcool qu’ils fabriquent avec les produits de leur récolte est affranchi du droit général de consommation, aussi longtemps qu’il ne sort pas de chez eux. Toutefois les bouilleurs de cru, domiciliés dans une ville sujette aux droits d’entrée, sont tenus de payer les droits d’entrée et d’octroi. Les abus résultant de ce privilège sont aisés à comprendre : ils se résument en ceci que la circulation de petites quantités d’alcool est toujours difficile, souvent impossible à contrôler, et que par suite les propriétaires, distillant plus d’alcool qu’il ne leur en faut pour leur consommation particulière, en vendent secrètement l’excédent, alimentent les débits dans un certain rayon autour d’eux, appliquent au vinage clandestin une partie de leur production.