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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/803

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Après avoir fait la paix avec l’étranger, allaient-ils donc la faire avec elle ?

La pensée ne leur en vint pas. D’accord pour restaurer, sans conditions, la monarchie traditionnelle, ils ne reculèrent que devant le drapeau blanc. Même au lendemain de l’invasion, même au lendemain de la Commune, le comte de Chambord, qui répudiait la Révolution, n’avait de chances qu’avec le drapeau de la Révolution. Il ne voulut pas de la couronne à ce prix ; la droite ne voulait pas de la monarchie à un autre. La République devint la solution forcée. Pour y échapper, les conservateurs tentèrent un expédient. Faute de mieux, ils fabriquèrent de toutes pièces un régime politique encore inconnu, et le baptisèrent « septennat ». — « En sept ans, disaient les gens d’esprit, la Providence a le temps d’ouvrir les yeux du comte de Chambord, ou de les lui fermer. » Le septennat n’était pas encore la République, mais c’en était le vestibule ; en quelques mois elle força la porte.

Février 1875-février 1848 ! vingt-sept années de suffrage universel ont conduit le mouvement démocratique à son apogée et acculé les conservateurs à la République ! C’était la troisième que voyait la France ; mais c’était la première qu’elle voyait sortir pacifiquement des votes d’une Chambre en majorité monarchique. Le Comte de Chambord avait dit un jour : « Je suis comme la vraie mère devant Salomon ; je veux avant tout que la France soit sauve. » En donnant leurs suffrages à la constitution Wallon, les monarchistes crurent remplir le rôle de la vraie mère. Ils ne le prirent pas longtemps au sérieux. Ils jugèrent la République une crise passagère quand elle était la résultante d’une évolution presque séculaire. Ils la jetèrent sur le sol comme une tente qu’on dresse pour laisser passer la bourrasque, comptant bien l’enlever, le beau temps revenu ; et ils ne s’aperçurent pas qu’au milieu des ruines amoncelées par les révolutions, cette tente était à ce moment le seul refuge d’un peuple laissé par eux sans abri. En votant la Constitution, ils avaient obéi à la force des choses, mais sans en mesurer toute la puissance. La grandeur même du sacrifice ne les avertit pas de la nécessité qui l’imposait. La République faite, leur seule pensée fut de la défaire. Ils avaient bâti et fortifié la place ; quand ils l’eurent rendue à peu près imprenable, ils en sortirent, drapeau en tête, et se mirent à en faire le siège.

Cette lutte, inégale et monotone, remplit l’histoire de ces vingt dernières années. Son premier résultat a été de rendre la