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par elles dans le monde. Elles datent, non d’un siècle, mais de dix-huit siècles. Jamais société civile ne réalisera mieux l’idéal démocratique que la société religieuse, fondée par le Christ. « Nous voulions appliquer à la politique l’égalité que l’Évangile accorde aux chrétiens », a écrit dans son testament un jacobin, plus clairvoyant devant la mort que pendant sa vie. — « Sans le dogme de l’égalité des âmes dans le ciel, a dit à son tour Mazzini, nous ne serions jamais arrivés à proclamer le dogme de l’égalité des hommes sur la terre. »

Les révolutionnaires, passés et présens, se sont donnés pour des précurseurs. Ils ne sont que des plagiaires, mais des plagiaires qui travestissent ce qu’ils copient. Chose étrange ! En même temps qu’ils appellent les hommes à l’égalité dont l’Evangile a donné la formule, ils répudient toute filiation religieuse. Ingrats jusqu’à l’apostasie, ils donnent, comme les fruits de leur philosophie rationaliste, les maximes mêmes de la Révélation. L’athéisme fait son chemin dans le monde, paré des dépouilles de la foi. Ce reniement audacieux reçoit son châtiment. Séparée de son principe, la Vérité défigurée bouleverse les sociétés au lieu de les pacifier. Dans les mains des faux novateurs, les semences de vie deviennent des germes de mort. Malgré tout, la source d’eau vive ouverte par la main divine ne sera pas indéfiniment souillée par le limon des erreurs et des ingratitudes humaines ; et le jour viendra où le bon sens public, perçant à jour le jeu des sophistes, saluera dans l’idée chrétienne l’origine et la sauvegarde de l’idée démocratique.

En attendant, nous assistons, les uns en témoins, les autres en acteurs, à la mêlée d’où sortira le monde nouveau. La poussée démocratique nous stupéfie. Nous voudrions nous arrêter pour interroger l’horizon où nos regards se perdent, pour sonder le sol où se posent nos pieds ; mais la foule haletante nous entraîne avec elle vers l’inconnu qui la fascine. Que de chemin déjà parcouru ! Notre esprit est plein des images du passé ; nous en parlons encore la langue, et déjà le peuple prend possession, ici de la toute-puissance politique, là de l’influence qui y conduit.

L’histoire de ces cent dernières années est celle même de sa prodigieuse ascension. Qu’il comptait peu dans cette vieille société française, si bien construite, si brillante, où il fallait « avoir vécu pour connaître le bonheur de vivre » ! Le jour où elle s’écroula, il apparut debout sur ses ruines, criant au monde