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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/752

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Ils étaient donc déjà fort irrités de son succès ; mais ce qui devait porter leur colère au comble, c’est ce qui se passa dans la séance où il fut reçu. Les réceptions académiques commençaient à être des événemens littéraires ; on était d’autant plus empressé à y assister qu’il était plus difficile d’y être admis. On a vu que, depuis 1672, l’Académie était installée au Louvre ; elle y occupait deux grandes pièces du rez-de-chaussée qui font partie aujourd’hui du musée de la sculpture française et s’appellent la salle de Puget et celle des Coustou. La première servait d’antichambre, l’Académie siégeait dans l’autre. Lorsque, sur la proposition de Perrault, on décida d’admettre le public à entendre le remerciement que le nouvel académicien adressait à ses confrères, on se contenta d’ouvrir les portes « à tous les honnêtes gens. » Mais en 1713, quand on eut remplacé les sièges ordinaires par des fauteuils qui prenaient plus de place [1] et sans doute aussi quand l’affluence du public devint plus considérable, on se transporta dans la première salle, qui pouvait contenir plus de monde. Le milieu était occupé par une table longue, « ornée d’un beau tapis. » A l’une des extrémités se tenait le directeur, entre le chancelier et le secrétaire perpétuel ; à l’extrémité opposée, le récipiendaire, et les académiciens des deux côtés. Tout était réglé d’avance avec un soin minutieux. Quand tout le monde est assis, l’huissier va chercher le récipiendaire qui attend dans une pièce voisine, et le conduit à sa place ; le directeur ôte son chapeau pour lui faire savoir qu’il peut prendre la parole ; l’orateur garde le sien pendant qu’il parle et ne se découvre que quand il dit : Messieurs, ou quand il prononce le nom du roi. Les chaises des assistans entourent la table ; les dames, qui sont admises depuis 1702, occupent des tribunes qu’on a ménagées dans les fenêtres.

Le 15 juin 1693, quand les deux nouveaux académiciens furent reçus ensemble, un mois après leur élection, les dames n’assistaient pas aux séances, et l’on siégeait encore dans la plus

  1. Jusqu’en 1713, il n’y avait de fauteuils, à l’Académie, que pour les officiers, c’est-à-dire pour le directeur, le chancelier et le secrétaire perpétuel ; les autres étaient assis sur des sièges ordinaires ; mais les cardinaux, qui jugeaient qu’une chaise ne convenait pas à leur dignité, ayant déclaré qu’ils n’assisteraient plus à aucune séance si un fauteuil ne leur était réservé, l’Académie tourna la difficulté en décidant qu’il y en aurait pour tout le monde. Louis XIV, qui prisait beaucoup l’égalité académique, s’empressa d’approuver cette spirituelle décision.