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nature à lui fournir le terrain qu’elle cherchait. Ce n’est pas qu’elle juge, ni que personne estime que tout soit parfait dans la situation extérieure ; mais, au milieu des négociations qui se poursuivent, des critiques inopportunes ne pourraient qu’affaiblir l’action de notre gouvernement. Une interpellation se serait incontestablement terminée par un ordre du jour de confiance, voté à une grande majorité. Les radicaux le savaient bien ; ils ont même eu l’ingénuité de le dire ; aussi se sont-ils bornés à une question, c’est-à-dire à un de ces étalages de tribune qui, ne comportant aucune conclusion, laissent toutes choses en l’état ; et cette question a été posée à M. Hanotaux par un homme qui n’appartient à aucun parti classé, M. Gauthier (de Clagny), ancien boulangiste, aujourd’hui député très indépendant, qui parle ou qui vote tantôt avec ceux-ci, tantôt avec ceux-là, et qui semble avoir un tempérament propre à ne se fixer nulle part.

Depuis la séparation de la Chambre, les événemens ont marché vite en Orient, et ils ont tourné d’une manière qui laisse peu de prise contre le gouvernement. L’opposition, si on néglige les nuances, est toute philhellène ; elle accuse le gouvernement d’être turcophile, reproche injuste, mais commode : les étiquettes, vraies ou fausses, aident toujours à simplifier les situations. Or, l’esprit français aime à voir les choses sous un jour très simple, et rien ne l’est plus que de décider en principe que, si on n’est pas philhellène, on est turcophile. Avons-nous besoin de dire que les choses sont beaucoup plus complexes que cela ? M. Hanotaux, dans sa réponse à M. Gauthier (de Clagny), a repoussé avec énergie les accusations dirigées contre sa politique, à laquelle on reproche d’être inspirée, tantôt par la Russie, tantôt par l’Angleterre, tantôt même par l’Allemagne. Il n’est, a-t-il dit, ni grec, ni turc ; il s’efforce de rester Français. On peut discuter la manière dont il a servi les intérêts français, mais il n’a certainement pas voulu en servir d’autres, et il ne s’est laissé égarer dans sa politique, ni par des réminiscences qu’on affecte d’appeler des traditions et qui sont peut-être de date un peu récente pour mériter ce nom, ni par des préférences ethnographiques, ni par des sentimens romantiques. Il a d’ailleurs défini une fois de plus le but qu’il s’est constamment proposé, et que presque toutes les autres puissances ont poursuivi également : en premier lieu maintien de la paix, et, si la paix ne pouvait pas être maintenue, limitation et localisation de la guerre. La paix n’a pas pu être maintenue. Dès lors, la principale préoccupation de l’Europe a été d’empêcher le mal de se répandre, et dans cette seconde partie de sa tâche, il serait injuste de dire que la diplomatie se soit montrée impuissante.