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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/646

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une soixantaine d’élèves, toutes pensionnaires, reçues au concours, et non seulement logées, nourries, instruites gratuitement, mais touchant même, tous les ans, pour leurs déplacemens et leurs menus frais, 250 francs d’allocation. L’aspirante à Fontenay doit avoir atteint dix-neuf ans, n’en pas avoir dépassé vingt-cinq, et se trouver munie, pour se présenter à l’admission, soit du brevet supérieur, soit du diplôme de bachelier, soit du certificat d’études secondaires. Il y a, chaque année, trente places à prendre dans la maison pour 150 candidates, et l’élève, ensuite, une fois admise, fait des lettres ou des sciences, selon son choix. Quant au règlement, il se résume dans un mot : elles sont libres. Libres, pendant les études de travailler à ce qu’elles préfèrent ; libres, pendant les récréations, de se promener, de coudre, de sortir, d’aller où bon leur semble ; libres, le dimanche, de passer leur journée comme elles le veulent ; libres de lire, dans l’école même, tous les livres et tous les journaux qui peuvent les tenter.

— L’école, me dit la directrice, Mlle Saffroy, ne reçoit à titre officiel qu’un seul journal et deux revues, mais ces demoiselles peuvent apporter et lire dans leur chambre tout ce qu’elles veulent.

— Tout ce qu’elles veulent ?

— Absolument tout ce qu’elles veulent.

— N’est-ce pas un peu excessif ?

— Et pourquoi ?

— C’est qu’il se publie aujourd’hui des choses qui, pour les jeunes filles…

— Ça les regarde !

— Et l’Ecole ne reçoit elle-même que les deux revues et le journal en question ?

— Elle ne reçoit que cela.

— Reçoit-elle le Figaro ?

— Jamais !… Nous ne connaissons pas ce journal-là !

— En somme, c’est la liberté ?

— C’est la liberté ! Nous sommes une école foncièrement démocratique et républicaine… Vous ne le voudriez pas autrement !

La figure morale de l’élève de Fontenay se dessine déjà dans cette jeune fille de vie libre, chevronnée de certificats, « essentiellement démocrate et républicaine », et dans l’éducation de laquelle il faut aussi noter, plus encore qu’à Sèvres, un fort alliage de protestantisme. Le règlement adjoint un directeur à la directrice, et ce directeur, jusqu’ici, a toujours été un ancien pasteur.